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Retour en enfance à Dijon

Fort évidement cette fantaisie lyrique n’est pas qu’un mini-opéra pour gamins pas sages, mais elle jette des ponts entre l’âge adulte et l’enfance, comme d’ailleurs l’avait fait Robert Schumann, avant Colette et Ravel, dans les Scènes d’enfants pour piano : les souvenirs attendris des « grandes personnes », ne sont finalement que des prétextes pour évoquer des peurs enfantines, peurs que le petit d’homme se doit d’exorciser s’il veut grandir. Le tempo dramaturgique adopté par le metteur en scène et la réduction délibérée de l’instrumentation stylisent ces tableaux successifs comme le ferait un pinceau de calligraphe.

On peut, à priori, être sceptique sur le principe de la réduction pour trois instruments de la partition si colorée de ; il faut avouer que cette relecture est une réussite ! Les musiciens sont par ailleurs intégrés au décor, car ils sont sur la scène, costumés avec des oripeaux aux couleurs passées. explique qu’il s’est inspiré de l’instrumentation des Chansons madécasses, et il est vrai que la présence du piano à quatre mains fait bien penser à Ma Mère l’Oye. La flute ajoute ses sonorités claires ou acides bien à propos ; quant au violoncelle il intervient en relief quand c’est nécessaire : le thème de Maman, les miaulements lascifs des chats sont autant de réussites. On peut dire que la finesse de l’orchestration ainsi obtenue témoigne d’une grande connaissance de l’esprit ravélien. Ce parti pris d’épure fait finalement ressortir des aspects plus discrets de cette partition : à l’oreille, on en perçoit plus la modernité, mais aussi davantage la différence qui existe entre les différents styles musicaux paraphrasés par le compositeur : le menuet déglingué du fauteuil et de la bergère grince à souhait comme un vieux mécanisme, le ragtime de la théière n’en est que plus authentique.

Le décor, c’est un grenier, un capharnaüm à souvenirs : des vieux meubles oubliés, une girafe comme la « Sophie » que chacun d’entre nous a eue entre les mains ; cette idée suggère bien la relation voulue par les décorateurs entre les sensations enfantines dont on se rappelle quand on est adulte et l’attirance que l’on a, enfant, pour ce genre de lieu souvent défendu. Cependant les couleurs de vieux chiffons ne sont pas très poétiques et sentent un peu trop la poussière… Heureusement, le feu et ses lueurs rouges ou la princesse sur fond étoilé bleu, apportent un peu de chaleur, et les pastoureaux, colorés tendrement, de la nostalgie.

Les chanteurs alternent les différents rôles – comme l’exige la partition – avec brio : passer rapidement de Maman à la Tasse Chinoise, jouer l’Horloge coincée puis le Chat décomplexé, réussir le lyrisme de la Princesse puis l’affolement de la Chauve- Souris, « il faut le faire » ! On a pu craindre au tout début, que le vibrato de soit trop prononcé, mais cette impression s’est effacée par la suite.

Opéra de poche, œuvre intimiste, partition pleine de souvenirs musicaux et de réminiscences bien mise en valeur, mise en scène rapide qui ne présente aucun temps mort : on regarde avec amusement et tendresse une photo sépia du temps jadis…