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Brillante soirée hongroise à l’Auditorium de Lyon

L’Auditorium de Lyon a voulu faire découvrir à son public une série d’œuvres de compositeurs hongrois, inspirées à des degrés divers par la musique populaire nationale. Exigeant la participation de deux solistes, et de l’Orchestre National de Lyon au grand complet, ce concert pantagruélique était divisé en deux parties homogènes, chacune centrée sur une œuvre concertante, pour un résultat d’une variété ébouriffante, et qui a largement séduit.

La première moitié du concert rapprochait deux œuvres qu’on jurerait appartenir à deux mondes différents, mais qui pourtant sont à peu près contemporaines : d’abord une œuvre du jeune Ligeti, le Concert românesc, brève suite orchestrale où l’évocation de fêtes et d’instruments populaires est aussi un prétexte à des trouvailles orchestrales, rythmiques ou harmoniques. Le pupitre des vents, au sommet de sa dextérité, a merveilleusement rendu l’agilité des traits qui ornent la partition, alors que les cordes semblaient globalement plus réfractaires à l’esprit de la pièce.

Puis l’orchestre, une fois échauffé, accueillait le pianiste Radu Lupu, qui exécutait la partie soliste du Troisième concerto de Bartók. Cette œuvre d’un génie à l’agonie suscite bien des interrogations, tant les sentiments qui la parcourent semblent en contradiction avec la situation matérielle du compositeur. Lupu, avec un jeu sans afféterie et une exemplaire maîtrise de la partition, a su éveiller l’intérêt du public pour cette fresque mystérieuse, dont le pan central, l’Adagio religioso, fut incontestablement le plus réussi. Cependant, les défauts de Lawrence Foster, toujours un peu velléitaire dans sa gestuelle malgré son sens de l’humour, se sont accusés dans le dernier mouvement, de tempo très vif : le chef ne tient pas assez ses musiciens, les rythmes acérés s’amollissent, la jubilation retombe. De peur d’aggraver les déphasages avec l’orchestre, Radu Lupu a donc dû se contenter de jouer à demi, quand son aisance technique et musicale lui permettait de briller de tous ses feux.

Des deux parties du concert, la première donnait à entendre des œuvres qui stylisent le folklore, le réinventent, et le mettent au service de visions musicales contemporaines, tandis que la seconde, au contraire, rendait hommage au verbunkos : une danse hongroise traditionnelle, fondée sur une accélération progressive d’un rythme binaire. Jennifer Gilbert, supersoliste de l’orchestre, assurait la partie de violon de la Première rhapsodie de Bartók. Elle s’en acquittait avec une vigueur d’autant plus remarquable, qu’elle quittait à peine son siège dans l’orchestre, et Lawrence Foster, dans une adresse au public (et dans le français le plus soigné), a tenu à louer son endurance et sa ténacité. Un joueur de cymbalum lui donnait admirablement la réplique, en une sorte de sérénade contribuant tout à fait à l’ambiance « Europe centrale » ; mais cet hommage restera anonyme, car son nom ne figurait sur aucun programme.

C’est dans la musique de Kodály, enfin, que l’orchestre s’est montré le plus convaincant. Il s’agit certes de transcriptions relativement littérales de thèmes populaires, mais dont l’orchestration luxuriante aurait pu égarer un orchestre moins aguerri que l’Orchestre National de Lyon, et les derniers tutti, bariolés et cuivrés, furent la conclusion idéale d’une brillante soirée.

Crédit photographique : Jennifer Gilbert © ONL

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