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Christian Gerhaher en récital à Munich

Pour la troisième année consécutive, fait l’événement dans la série de Liederabende qui accompagne traditionnellement le Festival d’Opéra de Munich, comme à chaque fois dans une salle complète dès l’ouverture des locations – le plus vaste Nationaltheater serait sans doute tout autant à ses pieds, mais Gerhaher tient à juste titre à chanter dans un théâtre compatible avec l’atmosphère du Lied.

Tout autant que lors de son récital Mahler il y a deux ans, la qualité de ce qu’offre ce duo exceptionnel justifie ici pleinement l’engouement du public, qui montre bien par son enthousiasme qu’il n’est pas besoin d’afféteries pour le séduire. L’extrême sobriété, l’extrême concentration de l’art des deux partenaires ne sont pas une renonciation à la couleur : il faut passer sur un opus 107 un peu terne pour parvenir à un Dichterliebe poétique et intense ; on y a déjà entendu des interprètes plus solaires, et sans doute la tonalité globalement sombre du récital n’est pas la seule voie possible dans ces œuvres, mais Gerhaher et donnent une image du Schumann auteur de Lieder beaucoup plus variée que celle à laquelle on est habitué : aux côtés de l’opus 48, seul témoin ici de la profusion de l’année 1840, ils ont choisi des Lieder plus tardifs, qui témoignent pour certains d’une évolution du langage musical qui n’est pas sans faire penser à ses grands oratorios encore mal connus.

L’opus 107, certes, souffre d’un choix de poèmes pas très heureux, mais ces Chants du harpiste – moins souvent présentés que ceux de Schubert sur les mêmes textes – sont d’une grande beauté que souligne le travail des deux musiciens. Même dans Der arme Peter, ce cycle miniature qui décrit le malheur d’un amoureux déçu et dont la tonalité rurale pourrait susciter une lecture plus légère et distanciée, ils ne se départent pas de leur sérieux : quand le sérieux est synonyme d’une telle richesse musicale et émotionnelle, qui pourrait s’en plaindre ?

Crédit photographique : Jim Rakete