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Kitaenko au service de la 3e de Tchaïkovski

A en juger par le nombre de programmations au concert et à l’enregistrement des symphonies de Tchaïkovski on en déduit en toute logique que ce corpus romantique sait toujours et encore charmer, faire  vibrer les masses d’auditeurs fascinés par le pathos du Russe à la sensibilité exacerbée. Cependant la Symphonie n° 3, sous-titrée « Polonaise » se trouve mal à l’aise à la charnière des deux premières toute de fraîcheur prometteuse et du massif insurpassable des puissantes et si expressives trois suivantes. Cette position chronologique et esthétique en explique la relative défection et la positionne comme la mal aimée du cycle et sans doute aussi la moins connue. Composée au cours de l’été 1875 à Oussovo où Tchaïkovski passait ses vacances estivales, elle sera présentée au public moscovite le 7 novembre suivant. Non sans une rare objectivité le compositeur confia au célèbre Rimski-Korsakov que selon lui « cette symphonie ne présente aucune idée spécialement bien trouvée, mais du point de vue de la facture elle représente un pas en avant. Je suis surtout satisfait du premier mouvement et des deux scherzi. » Elle est également la seule de la série à être en mode majeur ; la première aussi à faire entendre un mouvement de valse. Œuvre de transition donc.

Le premier mouvement, Moderato assai, débutant en mineur, propose  une sorte de marche funèbre conduisant à un brillant Allegro en majeur affichant  un thème russe  aisément reconnaissable et des sections assez contrastées (second thème plaintif ; passage dansant ; valse au climat retenu noté Alla tedesca). Le troisième mouvement, plus expressif, Andante elegiaco, domine la partition. On y trouve de la gravité, un délicat dialogue pratiquement chanté, entre les bois et le cor. Le scherzo final, intitulé Allegro vivo, abandonne tout climat timoré et affiche incidemment un air que l’on rapproche d’un rythme de polonaise (Tempo di Polacca) très circonscrit et insuffisant pour s’adresser à l’ensemble de la symphonie. La Suite op. 66a, bien connue, rappelle les thèmes du ballet  La  Belle au Bois Dormant (1889).

L’ et son chef le Russe (lire notre récent entretien) livrent une lecture plutôt massive, légèrement inhibée, voire sèche, mais qui au-delà de ces réserves retiendra l’attention pour son objectivité et la qualité intrinsèque des pupitres. Une lecture décente de la Troisième symphonie.

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