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Marie-Nicole Lemieux volcanique au festival de Fénétrange

L’événement le plus attendu du festival de Fénétrange était sans nul doute la venue de la sulfureuse contralto canadienne accompagnée pour l’occasion par l’un des meilleurs orchestres baroques du moment : le , mené par l’excellent chef italien . La rencontre de ces artistes promettait d’être explosive d’autant qu’ils offraient un récital entièrement dédié à leur compositeur fétiche : .

Ce petit festival, peu connu du grand public, jouit pourtant d’une longue lignée d’invités lyriques de marque, et quelques clics sur les archives du festival révèlent une liste de noms à donner le tournis tels que Michel Sénéchal, Barbara Hendricks, Ileana Cotrubas, José Van Dam, René Jacobs, Hildegard Behrens, Chris Merritt, Lucia Valentini-Terrani, Katia Ricciarelli, Cecilia Gasdia, Malin Hartelius, Boye Skovhus, Barbara Bonney, Dietrich Henschel, Elisabeth Vidal, Sandrine Piau, Lynne Dawson, Veronica Cangemi, Bernarda Fink, Patricia Petitbon, Annick Massis, Sara Mingardo, Mireille Delunsch, Véronique Gens, Vivica Genaux… A la vue de ces noms, n’a qu’à « mal » se tenir !

Le programme, conçut autour de la figure de la muse de Vivaldi : la contralto Anna Giro dont certains écrits rapportent son goût pour le jeu de scène et les airs d’agitation, convient parfaitement à la fougueuse Marie-Nicole Lemieux. Mais avant qu’elle n’entre en scène, le ton est déjà donné, avec l’exécution particulièrement tonique de la sinfonia tirée de Il Giustino. De son clavecin, insuffle le chaud et le froid à un orchestre particulièrement attentif et réactif. D’ailleurs les interventions solo, marquantes et virtuoses du premier violon ainsi que celles de la flûtiste sont à saluer, sans oublier la présence du passionnant luthiste qui impose le raffinement d’un jeu de cordes tout en délicatesse et en poésie.

On passerait le concert à l’observer si la venue de l’incandescente Marie-Nicole Lemieux ne venait éclipser tout sur son passage. Elle charme et se joue de la légèreté de sa « farfaletta » accompagnée à la flûte dans un jeu de scène facétieux, simple mais efficace quand elle décrit les déplacements de l’insecte, volant « di qui » puis « di la ». Au fil des airs, elle mène le show avec une aisance et un naturel confondants ; ses facéties, son petit sourire malicieux, sa gestuelle débridée, son chant aux tessitures pas toujours homogènes agaceront les uns ou raviront les autres. Elle règne sur la scène comme sur la salle, provoque les réactions, et bannit l’ennui ! Son sens du théâtre n’a pas son pareil, interprétant tout ce qu’elle chante avec cette passion incendiaire qui rend crédible chacune des émotions de ses personnages. Alors qu’importent les vocalises mal assurées, les coups de glottes peu élégants (S’impugni la spada) si ses notes graves et sonores font trembler, qu’importe un texte quasiment incompréhensible dans l’air « Andero, chiamero » pris volontairement au pas de course si la décharge électrique est fulgurante…? La diablesse n’a que faire d’un chant académique, seul comptent le spectacle et l’effet produit sur un public hagard, amusé ou quasiment au bord de l’hystérie, public finalement ramené au calme avec le douloureux mouvement introductif du Stabat Mater de Vivaldi donné en bis. On souffle un peu, le volcan s’est éteint, pour un instant seulement…

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