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Concertos de Corelli : ordre et fantaisie

Il est curieux de constater que la réputation et l’impact d’un musicien ne sont pas toujours proportionnels au nombre d’oeuvres qu’il laisse. Corelli en est un bon exemple, qui n’a publié de son vivant que cinq numéros d’opus, mais dont le style a pourtant considérablement influencé Haendel et Bach, pour ne citer que ceux que la postérité a durablement consacrés. D’où l’on peut légitimement se poser la question suivante : quels sont les éléments du style corellien qui ont tant retenu l’attention de si illustres contemporains ?

et son ensemble nous proposent des éléments de réponse dans cette intégrale passionnante du sixième opus du maître, publié de façon posthume, auquel s’ajoute deux oeuvres plus rares, une Sinfonia et une Sonate, publiées séparément de son vivant cette fois-ci. Le testament musical de Corelli, en quelques sortes.

Ce qui frappe tout de suite à l’audition, c’est le dynamisme de ces oeuvres. Chaque concerto est formé d’une agrégation de courtes pièces (la plus longue dépasse à peine cinq minutes) très contrastées dans le style autant que le caractère, dont le nombre varie, et à l’intérieur desquelles il n’est pas rare de trouver de brusques changements de tempi, ce dont le premier mouvement du Concerto op.6 n°1 est l’exemple le plus extrême. Ces contrastes sont encore accentués par l’alternance ludique entre instruments du concertino (solistes) et du ripieno, ce qui joue sur la densité et l’intensité du discours.

Pourtant, la seconde grande qualité de cette musique est son équilibre. Il se manifeste tout d’abord dans la relation entre les solistes, dont le jeu très homogène rend parfois difficile à l’audition la reconnaissance des échanges ; ensuite dans la relation des solistes avec la masse du ripieno, qui n’alourdit jamais inutilement le discours, ce qui est heureusement renforcé ici par le choix d’un effectif réduit, une vingtaine d’instruments en tout. Mentionnons encore l’importance accordée aux basses, fournies, qui ancrent solidement le discours, tant harmoniquement que rythmiquement.

Enfin, cette musique possède une fraîcheur, une simplicité de ton telles qu’elle paraît d’une évidence indiscutable, et c’est une qualité qu’on ne peut quantifier ni vraiment expliquer. La part du génie ?

Ignorant le tapage, les effets gratuit, les concertis de Corelli sont en résumés de petits bijoux finement ciselés, entre ordre et fantaisie, dont s’emparent avec intelligence autant que brio et son ensemble. Au titre de nos coups de coeur (mais il y en aurait tant !), citons l’Allegro pastorale du huitième concerto, pour la nuit de Noël, ou l’Allemande du onzième, très exigeante pour les basses.

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