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Elisabeth Jacquet de la Guerre, compositrice baroque

Élisabeth Jacquet de la Guerre est l’une des très rares femmes compositrices françaises de l’époque baroque. Enfant prodige, elle fit les délices du roi à Versailles dès 1670. Claveciniste et organiste, elle fréquente les tribunes de Saint-Louis-en-l’Ile et de la Sainte-Chapelle, où elle se montre une virtuose accomplie, auprès des grands noms de son temps, de Nivers à Marchand en passant par Charpentier.

Pour ses claviers, elle produit en 1687 et en 1707, deux livres pour le clavecin. On trouve là diverses suites remplies de mouvements de danses, à la croisée des chemins entre le style du clavecin et de l’orgue. Au fil de son écriture apparaissent des préludes, des duos, des basses de trompette, des tierces en taille et autres grands jeux, essence même d’une musique pour orgue. D’où l’idée judicieuse de d’adapter ces textes à un grand orgue, instrument familier à l’auteur. Jean de Joyeuse avait édifié à la fin du XVII° siècle un grand 16 pieds en montre dans la cathédrale d’Auch  » à l’image des plus beaux de la ville de Paris ». On pense à Versailles et à l’orgue Clicquot de la chapelle royale, et même si ces deux orgues sont reconstruits aujourd’hui , il se situent pleinement dans le style de leurs concepteurs. A Auch, après une restauration désastreuse en 1954, c’est Jean-François Muno qui fut chargé au cours des années 1990 de reconstituer l’orgue de Jean de Joyeuse, défiguré à jamais. Le résultat, inespéré offre aujourd’hui une pleine réussite, confirmée par le présent enregistrement.

Nous voilà partis dans ces fameuses suites à la française : Le grand plein jeu avec sa résultante de 32 pieds, majestueux et solaire, et à la suite ces mélanges caractéristiques de l’orgue classique français, en un tourbillon de danses tour à tour joyeuses, mélancoliques ou au style déclamatoire.

Le jeu de est fluide comme un ruisseau qui coule parfois sur des pentes abruptes, ou ailleurs plus aplanies et apaisées. Le choix des registrations en fonction du caractère de chaque danse est un ravissement. Il faut signaler une mise au point remarquable de l’orgue, et une prise de son experte de Jean-François Pontefract, dans cette acoustique généreuse voire idéale de la cathédrale d’Auch. Après un premier CD consacré à William Byrd, cette collection s’avère passionnante, et l’on nous prédit quatre nouveaux titres, attendus avec impatience.