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La délicatesse retrouvée du Parc à l’Opéra Garnier

Près de vingt ans après sa création, Le Parc est devenu un classique du répertoire du Ballet de l’opéra de Paris, transmis à chaque reprise à une nouvelle génération de danseurs enthousiastes. Raffinement, délicatesse et passion sont les maîtres mots de ce ballet en trois temps, qui revisite avec audace et impertinence la Carte du Tendre chère à Melle de Scudéry.
Le Parc est la première création qui fut confiée à par l’Opéra de Paris. L’invitation formulée par Rudolf Noureev au chorégraphe au lendemain de la Première de Noces a été reprise à son compte par , qui a laissé carte blanche au créateur. Dès ses débuts, l’alchimie entre cette compagnie tricentenaire et le créateur d’origine albanaise est parfaite… Les danseurs embarqués dans cette aventure (, parmi les étoiles de l’époque) se lancent à corps perdus dans cette histoire de séduction, de conquête et de passion amoureuse. Trois états de l’amour décortiqués par le chorégraphe avec délicatesse, retenue, mais aussi humour.
, créateur du rôle principal, est aujourd’hui le maître de ballet de la compagnie pour cette reprise parfaitement réglée. Les étoiles (ce soir-là, et ) forment un couple assorti, complice avec les 19 danseurs de la troupe qui les entourent dans un chassé-croisé amoureux plein de surprises. L’astucieux décor de Thierry Leproust, figurant un jardin à la française, n’a pas pris une ride et sert la dramaturgie du propos. Jeu de chaises musicales dans un espace ouvert, cache-cache derrière des arbres, nuit étoilée pour la consommation de la passion, le décor procède de la même souplesse que ses interprètes. Mutins, amusés, les danseurs donnent beaucoup de personnalité à ces libertins rapidement séduits ou à ces dames qui s’évanouissent par jeu.


Ancré dans le XVIIIème siècle d’un Watteau ou d’un Fragonard, Le Parc n’oublie pas de se projeter dans le futur, par le truchement d’un quatuor de jardiniers excellents, sorte de maîtres du temps et des sentiments. Rythmé, enlevé, pétillant ou émouvant, le ballet file à la vitesse de l’éclair. On quitte à regret le couple formé par , une belle artiste aussi expressive dans la retenue que dans l’abandon, et , qui maîtrise dignement son rôle de libertin conquis par l’amour vrai. Le duo final, avec son célébrissime baiser « hélicoptère » repris par le chorégraphe dans une publicité pour Air France, est un feu d’artifice de passion partagée qui laisse au bord des larmes. Avant de retrouver sa sérénité dans l’épilogue des jardiniers.