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Lyon : Leonard Slatkin dans un programme aux couleurs orientales

À l’auditorium de Lyon, le dernier concert avant Noël chante la mort de la suprématie culturelle de l’Occident. C’est un paradoxe, au moment précis où toute notre société vit dans l’attente du jour qu’elle fête avec le plus d’unanimité – et c’est en tout cas une occasion d’entendre de la belle musique.

La première partie du spectacle, consacrée à Saint-Saëns, permet de prendre la mesure de l’essoufflement de l’académisme parisien (le Concerto pour violon), qui cherche dans l’évocation de l’Orient des sensations nouvelles et une fraîcheur de langage (la « Bacchanale »). Quelques années plus tard, Debussy atteint dans sa musique un point d’équilibre : il substitue aux clichés rapides un travail de documentation plus exact (sur les gamelans balinais, dans Pagodes), mais il conserve l’héritage de sa propre formation musicale à la française. Le compositeur d’origine chinoise , avec Extase, composé en 1995, est quant à lui le représentant d’une musique dont la mondialisation est achevée : sans les réconcilier tout à fait, il met en regard les univers sonores de la Chine et de l’Occident, par le jeu d’opposition entre percussions au son rêche, et cordes formant un tissu d’accords parfaits. Le coup de grâce – quoi d’étonnant dans une salle qui porte son nom ? – revient à Ravel, dont La Valse, « tournoiement fantastique et fatal », est à la fois le tableau du déclin de la civilisation occidentale, et ce que celle-ci a sans doute produit de plus accompli.

La Valse est d’ailleurs, en termes d’interprétation, la réussite la plus convaincante de la soirée. Les musiciens sont emportés par l’ivresse du tourbillon à trois temps, mais parvient tout à fait à maîtriser leur élan, si bien que l’aspect « organique » de la musique, se déployant, respirant, s’effondrant sur elle-même, est rendu à la perfection, et déclenche, dans le public, une véritable jubilation.

Le reste du concert, cependant, manque d’âme, malgré une grande qualité de son orchestral, et un remarquable travail de nuances. Dans le concerto de Saint-Saëns, Slatkin offre à un cadre visiblement un peu rigide, et le soliste, bien que sa maîtrise digitale soit parfaite, est oppressé par la pulsation trop immuable ; il peine à rendre justice au lyrisme de la partition. C’est donc dans les passages les plus agiles, ou au contraire les plus apaisés (à l’image de ce merveilleux alliage de timbre, à la fin du mouvement lent, entre les sons graves de la clarinette et les harmoniques du violon solo) que ce léger manque de conduite porte le moins préjudice au bonheur de l’écoute.

Pour Pagodes de Debussy, l’idée de jouer l’orchestration de Caplet est heureuse : de bonne facture, elle constitue un prélude idéal à la pièce de .

Malheureusement, dans cette dernière, on relève le même défaut que dans l’interprétation de Saint-Saëns. Malgré la performance impeccable de au hautbois, et l’investissement des percussionnistes, l’oreille peine à percevoir la logique qui unit tant d’événements sonores hétéroclites.

Crédits photographiques : © Darmigny; Qigang Chen © http://www.qigangchen.com/

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