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Patricia Kopatchinskaja et les Russes

Après un très bel album plutôt centré sur la Hongrie violonistique du XXe et XXIe siècle, la violoniste affronte deux des grands concertos du répertoire russe du XXe siècle avec, comme toujours, un engagement et une générosité de jeu, sans comparaisons possibles, avec ses homologues instrumentistes.

Dans le Concerto pour violon de Stravinsky, la musicienne trouve d’emblée le ton juste, mélange d’ironie acide et de virtuosité pure. Inspiré du mode baroque, ce Concerto, revit sous l’archer jubilatoire d’une soliste en état de grâce. On aime particulièrement le ton de narratrice un peu brute de la musicienne et la sonorité qu’elle tire de son instrument.  On se plait à la voir évoluer, tel un violoneux sortie tout droit d’un tableau bigarré de Marc Chagall. Il existe des interprétations plus esthétisantes ou techniquement lissées de ce Concerto, mais Kopatchinskaja  frappe juste en habitant cette œuvre comme rarement.

Le Concerto n°2 de Prokofiev, la soliste prend également le mainstream interprétatif à rebours. Dès les premières notes, on plonge dans un univers noir et angoissant. Derrière la pureté des notes, se cache ici les sbires fantomatiques du régime soviétique qui étoufferont un Prokofiev venant de décider de retourner vivre dans son pays natal. La musicienne ne craint pas de sur-jouer, souvent rageusement, les thèmes et les mélodies. On la sent parfois aux limites de la rupture technique, en particulier dans un dernier mouvement très expressif,  aux contrastes violement scandés, de ton.

Face à cette bourrasque musicale, est un accompagnateur à la fois flexible et attentif qui sait soutenir les visions fulgurantes de sa soliste.

Les amateurs de violon, de vrai violon, sauront chérir ce disque qui en rebutera d’autres, plus soucieux d’esthétisme et de pureté instrumentale.