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West Side Story pour les 50 ans du Grand-Théâtre du Luxembourg

Venu directement de Broadway, ce spectacle présenté comme la production originale – ou presque – de West Side Story aura illuminé les nuits luxembourgeoises de ce début d’hiver.

Confiée à de jeunes artistes de talent, la conception originale de est dans l’ensemble effectivement respectée, même si la mise en scène, la chorégraphie, les décors, les costumes et les lumières ont forcément été revus de façon plus ou moins significative. Autant les cinéphiles familiers du célèbre film sorti en 1961 que les amateurs de photographies d’époque reconnaîtront ces volées de cages d’escaliers extérieures, qui rappelleraient presque ici, dans leur stylisation, les structures en bois des premiers théâtres élisabéthains. Ceux-là même pour lesquels la tragédie Romeo et Juliette, la source de cette comédie musicale, avait été créée.

Des projections de photos noir et blanc, utilisées en toile de fond, permettent également de recréer cette atmosphère sombre et ténébreuse des mauvais quartiers new-yorkais. Les éclairages de Peter Halbsgut, qui bénéficient évidemment de tout l’apport technologique moderne, permettent dans une telle structure d’isoler les personnages du drame dans les moments de crise, notamment lors du célébrissime « Tonight » précédant les deux meurtres du premier acte. La chorégraphie revue par Joel Mckneely, à qui l’on doit également la mise en scène, épouse à merveille les rythmes et les pulsations d’une partition d’une rare violence, dont on redécouvre avec fascination autant les élans lyriques que l’insoutenable tension. En plus de cinquante ans d’existence, l’ouvrage, d’une construction musicale et dramatique en tout point exemplaire, n’a pas pris une ride.

Réunir une distribution sans faille tient assurément du miracle, et il faudrait presque par souci de justice nommer tous ces comédiens-danseurs-chanteurs qui parviennent à tout moment à être plus que crédibles physiquement, vocalement et chorégraphiquement. Chez les dames, on louera tout particulièrement la pulpeuse Anita de Penelope Armstead-Williams, bouleversante dans son rôle de jeune immigrée tiraillée entre le poids des traditions familiales ancestrales que défend encore son amoureux Bernardo, et ses aspirations libertaires personnelles. La Marie de Jessica Soza est sans doute la mieux armée vocalement de toute la distribution, et son incarnation d’une jeune ingénue découvrant les joies et les troubles de l’amour est tout aussi convaincante. Chez les messieurs, une mention spéciale pour le Riff haineux à souhait de Mark MacKillop, ainsi que pour le Tony tendre et délicat d’Anthony Festa. Si le jeune premier n’a certes pas la voix de José Carreras, il est sérieusement doté, par rapport aux critères d’exigence vocale dans le monde de la comédie musicale, pour aborder les rôles de premier plan.

De façon générale, on aurait pu souhaiter une amplification vocale un peu plus discrète, les moyens technologiques mis en œuvre venant considérablement gêner le rapport du spectacle au naturel et à la vérité de la voix parlée et chantée.

Rien à dire du côté de l’orchestre, mené d’une main de maître par un qui semble connaître l’ouvrage comme sa poche – il dirigeait déjà les représentations parisiennes en 2012. Le maestro aura profité de son séjour au Grand-Théâtre pour découvrir l’hymne national luxembourgeois, donné à deux reprises pour saluer l’entrée et la sortie dans la salle de leurs altesses royales les Grand-Duc, Grande-Duchesse, Grand-Duc Hériter et Grande-Duchesse Héritière. Il y a des traditions qu’on ne réinvente pas.

Crédit photographique : West Side Story © Nilz Boehme