West Side Story réinvestit le Châtelet

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, théâtre du Châtelet. 24-X-2012. Leonard Bernstein (1918-1990) : West Side Story, comédie musicale en deux actes sur un livret d’Arthur Laurents et des lyrics de Stephen Sondheim d’après une idée originale de Jerome Robbins. Mise en scène et chorégraphie : Joey McKneely ; décors : Paul Gallis ; costumes : Renate Schmitzer ; lumières : Peter Halbsgut ; son : Rock Clarke. Avec : Liam Tobin, Tony ; Elena Sancho Pereg, Maria ; Yanira Marin, Anita ; Andy Jones, Riff ; Pepe Muñoz, Bernardo. Chanteurs, danseurs et orchestre BB Promotions, direction : Donald Chan.

C’est reparti pour dix semaines. Le Châtelet reprend pour la deuxième fois le mythique musical de Broadway West Side Story dans la version qui tourne depuis douze ans du duo McKneely / Chan. Un spectacle qui marche, efficace, alliant qualité et popularité. Un fait suffisamment exceptionnel pour être souligné.

La mise en scène / chorégraphie de  ne révolutionne en rien l’œuvre. Très proche de l’original de , elle évolue dans un décor fait de structures légères type échafaudages qui s’ouvre et se ferme, assez semblable aux murs de briques et escaliers de la version d’origine. Les Jets sont en uniforme vert/gris, jean et baskets ou mini-jupe mini-brassière, les Sharks arborent costumes colorés et robes à froufrou. L’action reste le New York des années 50. La chorégraphie reprend des mouvements de gymnastique et des danses plutôt jazz ou rock, bref nous voilà dans la grande tradition. Rien de très novateur, mais cela fonctionne à merveille.

Le plateau est exceptionnel. A l’instar de la création, les protagonistes viennent de tous les horizons : comédie musicale, théâtre, danse et opéra. Et comme il se doit tous ont l’âge et le physique du rôle et dansent aussi bien qu’ils chantent. possède une voix de baryton martin bien timbrée, se jouant des nombreux pièges rythmiques de la partition (tel son premier air « Could be »). , plus habituée aux rôles de soubrette mozartienne, est une Maria très crédible, alliant voix puissante et physique gracieux. , familière du rôle d’Anita, se réserve aussi une large part d’applaudissements plus que mérités. Le reste de la distribution, dont l’innombrable liste de seconds rôles, forment un tout homogène. Bien qu’en cette soirée d’avant-première le spectacle peine à trouver ses marques au début du premier acte, la tension va crescendo et submerge littéralement le spectateur jusqu’au dénouement final. Bien sûr l’ensemble est sonorisé, très légèrement et avec beaucoup de finesse : les voix ne sont jamais écrasées ni compressées.

Le seul souci, et non des moindres, reste l’orchestre. Dans Bernstein, c’est plutôt gênant. La partition est à « tiroirs », il n’existe pas vraiment d’orchestration définitive. Pour Broadway, selon l’usage, Bernstein avait fourni une « trame » orchestrale arrangée selon les besoins des théâtres producteurs. Afin de fixer l’œuvre selon ses désirs, le compositeur en avait fait une suite orchestrale. Pour l’enregistrement DG des années 80 (avec Kiri Te Kanawa, José Carreras et Tatiana Troyanos) le Maître avait entièrement réorchestré sa partition. , qui a dirigé West Side Story plus de 2 000 fois, reprend des éléments de l’original de Broadway, de la suite symphonique et de l’enregistrement. Point de trahison, bien au contraire, le directeur musical est assurément un grand connaisseur de la partition. Mais serait-ce un effet de la directive européenne Bolkenstein (celle du plombier polonais) ? Les musiciens, venus de Lituanie, peinent à swinguer. Si les cordes se débrouillent plutôt bien, les cuivres laissent à désirer par leurs approximations et fausses notes. Pour une partition conçue par un maître de la direction d’orchestre, c’est fâcheux.

Nonobstant ce dernier élément de taille, cette production de West Side Story fonctionne. On comprend aisément pourquoi elle tient la scène depuis tant d’années.

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