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Manon au Royal Opera House de Londres

Pour ouvrir l’année 2014, Le Royal Opera House redonnait Manon de Massenet dans une mise en scène de proposée pour la première fois en 2010, mais avec de nouvelles têtes d’affiche : l’albanaise et le ténor américain dans les rôles de Manon et du chevalier Des Grieux.

Le résultat fut solide et sûr :  donna à la partie d’orchestre toute la saveur à la fois sucrée et âpre qu’elle réclamait. Les soli de violoncelle et de violon, venant appuyer le chagrin de Manon ou de Des Grieux, furent exécutés à la perfection. Les couleurs orchestrales de l’ouverture de l’Acte IV, douces et transparentes, avaient de quoi faire frissonner toute la salle. Mais malgré la belle réussite des pièces phares de l’opéra, qui suscita les applaudissements enthousiastes du public (« Adieu ma petite table » et « c’est le paradis », Acte II), et la belle fluidité du passage du chant à la parole, la douceur et la légèreté de l’ensemble ont vite basculé dans la tiédeur : les passages comiques, pourtant nombreux dans l’opéra, manquaient de piquant et de vivacité. Il semblait aussi que cette histoire d’amour, comme patinée par les ans et par le succès dont elle a fait l’objet depuis sa création, ne parvenait plus à nous faire rêver.

La mise en scène a très certainement accentué cette impression : l’action se déroule à la Belle Époque, dans une atmosphère de fête et de frivolité rappelant l’univers des opérettes d’Offenbach et de Nana de Zola. Mais ce cadre devint un prétexte pour user de nombreux clichés sans nouveauté ni distance : les grands boulevards parisiens en fond de scène, la petite chambre de bonne de Manon et de des Grieux, les dames en robe à froufrous, les hommes lubriques en costume haut de forme, les danseuses en tutus blancs tout droit sorties d’un tableau de Degas…La recette est certes efficace, mais à force d’être servie à foison, elle en devient fade et manque sérieusement d’audace. Les élans à peine passionnés du ténor n’ont pas suffit, à eux seuls, à rendre dignement la ferveur amoureuse de Des Grieux pour Manon.

Au milieu de cette atmosphère tout en sourdine, une belle performance se dégage: celle de la chanteuse interprétant brillamment le rôle d’une Manon aux multiples visages : jeune fille dans l’Acte I, amante dans l’Acte II, femme fatale au sommet de sa gloire dans l’acte III, amoureuse désespérée dans l’Acte IV, puis moins-que-rien dans l’Acte V… Cette belle interprétation fut la surprise d’une soirée qui n’en a réservé que peu.

Crédits photographiques : Ermonela Jaho et Matthew Polenzani © ROH