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Claudio Abbado à Lucerne

Prévu avant le décès du grand chef d’orchestre, ce disque tiré des trésors du Festival de Lucerne est une archive de la première importance. En effet, l’album documente  avant la création de son « nouvel » orchestre du festival de Lucerne, en 2003.

Le grand chef italien a toujours été un invité régulier à Lucerne où il avait fait ses débuts, en 1966, au pupitre des (anciens) symphonistes du festival dans un programme Hindemith-Sibelius-Mendelssohn.  Depuis cette date, le musicien se produisait régulièrement au pupitre des orchestres dont il fut le directeur musical  ou l’invité privilégié.

En septembre 1978, il était à la direction de la Philharmonie de Vienne pour une étonnante Inachevée de Schubert. Lente et sombre, cette lecture, foncièrement crépusculaire, semble suspendue dans le temps. Elle est portée par les couleurs instrumentales très particulières de l’orchestre autrichien. Le second mouvement « Andante con motto » est une marche funèbre, à la tristesse insondable, sur un monde qui s’en va. Très personnelle, cette lecture est une curiosité dans la discographie de l’œuvre et dans la discographie du chef qui gravera, ultérieurement, une lecture plus énergique et dégraissée de Schubert, avec le (DGG).

Changement de registre et de ton avec justement ce , formation d’élite  fondée en 1981 et dont Abbado fut un chef invité privilégié. En ce soir d’aout 1988, le festival, célèbre, jour pour jour, ses 50 ans. Les partitions de Wagner et Beethoven, reprises sur ce disque, sont tirées de cette soirée anniversaire menée par Abbado. Dans Beethoven, le chef italien impose un ton léger et racé. Les tempi deviennent assez vifs et le discours avance avec ce qu’il faut d’énergie sans que cela en devienne trop brutal. Cette Symphonie n°2, influencée par les relectures des baroqueux, est un témoignage majeur de l’évolution de l’art du chef.

En conclusion, la lecture de la wagnérienne Siegfried Idyll est un modèle de beauté instrumentale. Le chef se plait à souligner les couleurs et la pureté des solistes du Chamber Orchestra of Europe.

Ce nouveau volume des archives du festival de Lucerne, coédité par les Allemands d’Audite, est un disque précieux et un superbe hommage à l’art du grand chef disparu.