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James Ehnes à la soviétique

Bien que composé pour le légendaire violoniste David Oïstrakh par un Khatchatourian plus virtuose de l’orchestre que jamais, Son Concerto pour violon ne s’est jamais durablement imposé au répertoire des solistes. Des jeunes musiciens actuels, seul Sergeï Katchatrian (Naïve) et Arabella Steinbacher (Orfeo) ont osé en laisser des versions discographiques. Peut-être trop flamboyante et démonstrative, cette partition peine à s’affirmer face aux introspectifs concertos de Chostakovitch, contemporains et écrits pour le même Oïstrakh. , qui a déjà marqué la discographie de nombreuses partitions, livre une interprétation très intelligente et personnelle. Le violoniste, dont la technique est ultra-léchée, cherche à rendre l’esprit rapsodique de la partition. Son archer cisèle, avec un grand respect, l’inspiration folklorique de certaines mélodies. L’influence orientale est particulièrement soulignée dans le second mouvement « Andante sostenuto » aux thèmes enjôleurs. La précision instrumentale du musicien lui permet d’affronter les exigences techniques de l’emporté et tumultueux final. Chef très cérébral, est en accord avec son soliste et il fait ressortir la force et les particularités de l’orchestration au pupitre d’un orchestre symphonique de Melbourne réglé comme une horloge. Avec les lectures légendaires de David Oïstrakh et Leonid Kogan, cette interprétation marque la discographie par sa justesse musicale et sa forte personnalité.

Le complément de programme marque un changement de registre radical avec les chambristes et méditatifs Quatuors n°7 et n°8 de Chostakovitch. Ces deux quatuors sont l’occasion pour d’introduire au disque le quatuor à cordes qui porte son nom. Officialisé, en 2010, le quatuor Ehnes est pourtant le fruit de plusieurs années de travail commun entre ces quatre musiciens (les violonistes et Amy Schwartz Moretti, l’altiste Richard O’Neil et le violoncelliste Robert De Maine). Le quatuor Ehnes livre des interprétations très puissantes et réfléchies de Chostakovitch. Sans atteindre les sommets d’émotion des Borodine (Melodiya), on tient de très belles prestations qui associent la beauté instrumentale et technique au vécu musical.

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