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Relecture contemporaine de Platée par Robert Carsen

Importante activité parisienne pour l’omniprésent (et souvent talentueux) , en parallèle des représentations de La Flûte enchantée de Mozart dont il assure la mise en scène à l’Opéra de Paris, avec cette nouvelle production de Platée de Rameau, passée auparavant par Vienne avant d’aller à New York, commémoration du dijonnais oblige (250e anniversaire de la mort en 2014).

Un compositeur qu’il n’avait guère abordé auparavant, et une œuvre également nouvelle pour , pourtant familiers du répertoire ramiste depuis des décennies.

Dans cette production donnée à guichet fermé à l’Opéra Comique, Carsen restitue l’action dans l’univers branché et superficiel de la haute couture (Fashion Week) à l’époque contemporaine, dans un décor qui transpire le luxe (tour à tour bar, restaurant, chambre d’un palace, salle de défilé de mode). La « naïade ridicule » Platée devient ici un travesti tendance folle nymphomane, pathétique, touchante parfois, bernée par un Jupiter sosie du couturier , la jalouse Junon faisant quant à elle penser à Coco Chanel. Et un milieu peuplé de figures renvoyant au cinéma de Pedro Almodovar, au film Priscilla folle du désert ou à la série Absolutely Fabulous. Si cette transposition de la mise en scène fonctionne sur le papier, on reste plus nuancé sur sa réalisation, artificielle, chargée en références vues et revues (sexe, drogue, alcool) qui se veulent modernes, ces réserves valant également pour les ballets ponctuant chaque acte. La satire est bien présente, l’humour également, mais trop souvent au détriment de l’émotion – certes palpable à la fin de l’ouvrage – et de la nuance. William Christie, à l’origine du projet mais actuellement en convalescence, était remplacé par son fidèle disciple , directeur musical adjoint des Arts Florissants, et qui tint dans une autre vie le rôle-titre de Platée, notamment dans la célèbre production de Laurent Pelly et Marc Minkowski. L’écossais imprime beaucoup de relief à la partition, avec des tempi enlevés, mais manque de raffinement, de musicalité à notre goût. Il en va de même pour la distribution qui brille plus par la franchise (et parfois la fantaisie) de l’émission vocale que par la beauté de son chant, à l’image de . Platée grotesque et attachant à la fois, il assume pleinement l’extravagance, la démesure des options dictées par la production. Les chanteurs passés par le Jardin des Voix et/ou révélés par William Christie font par ailleurs plutôt bonne figure, à l’image de Emmanuelle de Négri, malheureusement sous-employée, ou Cyril Auvity et Marc Mauillon, impayables dans leurs rôles respectifs. Reste le cas , incarnant ici la figure allégorique de La Folie, bouillonnante, déjantée sous les traits de Madonna ou Lady Gaga, aux suraigus certes explosifs, mais à la justesse bien approximative, maîtrisant mal et la prononciation de la langue et le style du baroque français. Une erreur de casting manifeste.

Crédit photographique : Cyril Auvity (Mercure) et (Platée) © Monika Rittershaus

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