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Chostakovitch crépusculaire avec Petrenko

Avant-dernier opus symphonique de , la Symphonie n°14 reste une œuvre à part dans l’univers du compositeur : radicale par son instrumentarium orchestral (cordes et percussion) et vocal, à l’opposé de la puissance orchestrale associée à Chostakovitch,  elle s’impose comme un requiem énigmatique d’un compositeur déjà très atteint par la maladie. En dépit d’un effectif orchestral plutôt limité, elle ne s’est jamais imposée au répertoire restant plutôt à la marge de la mode Chostakovitch actuelle, centrée sur les symphonies instrumentales composées pendant la Grande guerre patriotique.  Du côté discographique, elle est fort peu fréquentée en dehors des intégrales, à l’inverse d’autres symphonies naturellement plus tape-à-l’œil pour les chefs et les orchestres

Avec cette Symphonie n°14, et son orchestre de Liverpool sont en passe de boucler leur intégrale Chostakovitch (il ne manque plus que la Symphonie n°13) qui s’affirme déjà sans peine comme l’un des incontournables de la discographie du XXIe siècle.

Petrenko frappe juste, ne cherchant pas à sur-jouer le dramatisme naturel de cette pièce. Son interprétation, s’appuie sur deux chanteurs exceptionnels de compréhension des textes et de dramaturgie : la soprano et le baryton . Son accompagnement est au service de la langue et de la teinte sombre des poèmes choisis. Les sections de cordes de l’Orchestre philharmonique royal  de Liverpool sonnent avec la noirceur requise subjuguées par la force intrinsèque de cette œuvre.

Moins gorgée d’histoire que la lecture fondatrice du créateur Rudolf Barshaï (Melodyia), cette interprétation s’impose comme l’une des grandes références d’une discographie qui en compte peu si ce n’est Kondrashin (Melodyia) ou Kitaenko (Capriccio). Beaucoup de chefs, et non des moindres, n’ont pas su restituer l’âme désabusée et fantomatique de cette partition crépusculaire.