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Le piano virtuose de Yuja Wang à Pleyel

Le programme à l’affiche de la série «Piano» traversant deux siècles d’histoire de la musique, propose à l’auditeur une écoute très variée entre audace et difficultés techniques. Le romantisme de Chopin s’alterne, en fait, à la virtuosité de Prokofiev, à la transgression de Stravinsky et à l’improvisation jazz de Kapoustine.

En dépit de son jeune âge, , pianiste chinoise impétueuse et très originale montre une forte personnalité. A la limite de l’irrévérence (même dans son look), elle possède sans doute beaucoup de qualités hors du commun mais son excès d’énergie et sa génialité risquent parfois de gâcher ses interprétations.

Impeccable d’un point de vue de la technique où elle exécute sans crainte doubles octaves, notes répétées, trémolos et toutes sortes de difficultés articulatoires, sa relecture risque d’être quelquefois trop originale et subjective. C’est le cas pour Chopin où elle valorise beaucoup l’aspect révolutionnaire et viril du compositeur au détriment de la délicatesse et du mystérieux. Si ce caractère convient bien à la sonate qui atteint par moment la virtuosité et la puissance lisztienne, un changement d’atmosphère et donc de jeu s’imposent dans le nocturne. Sans tomber dans le mièvre, aurait du faire émerger toute la délicatesse et la mélancolie de son genre et apporter une touche de sensualité et d’élégance à son jeu ce qui a été loin d’être le cas.

Très bien réussies, en revanche, les Variations de où elle arrive à exprimer son côté jazz, accompagnant la musique d’une belle gestualité corporelle et les trois mouvements extraits de Petrouchka. Là aussi elle épouse à la perfection la transgression de Stravinsky.

Généreuse, en fin de soirée elle se donne bien à son public avec beaucoup de bis parmi lesquels une improvisation sur la Marche turque de Mozart et des variations sur un air de Carmen de Bizet. Ses exécutions très riches d’un point de vue de la virtuosité rappellent de près l’inspiration et le génie de Fazil Say.

 Crédit photographique: Yuja Wang © Félix Broede/DG