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Aida mis en scène à Vérone par La Fura dels Baus

Réputé pour ses productions classiques et généralement routinières, le festival de Vérone s’est pour une fois risqué dans la mise en scène d’avant-garde. Dans un souci de célébrer son propre centenaire, ainsi que le bicentenaire de la naissance de Verdi, l’édition 2013 du festival a ainsi demandé à de relooker une des œuvres les plus emblématiques de son répertoire. Les arènes de Vérone sans Aida et ses défilés d’éléphants, ce ne serait plus les arènes…

Le résultat est plutôt convaincant, même si la captation vidéo, qui favorise souvent le détail ou les vues d’ensemble, ne rend pas toujours parfaitement lisible certains éléments de décor. On devine cependant, en lieu et place des pyramides et autres palais égyptiens, une centrale solaire géante de 22 mètres de haut, au pied de laquelle se déploie l’action bien connue de tous, que les plans rapprochés permettent de suivre avec facilité. Cette métaphore plutôt déroutante explique tout au long du spectacle la présence d’uniformes (ouvriers, ingénieurs, balayeurs…) plus ou moins incongrus.

De manière sans doute à signifier le désir d’en revenir avec l’imagerie égyptologique traditionnelle, des déménageurs du British Museum découpent et emballent au cours du prélude de larges blocs de monuments égyptiens, destinés à quitter le territoire national pour voguer sous d’autres cieux. Mais si l’apparence est certes modifiée, la mise en scène ne change en rien l’esprit de l’ouvrage. L’articulation entre les scènes intimes et les grands mouvements de foule est habilement dosée, l’interpénétration entre le public et le privé savamment démontrée. La tradition des grandes scènes de foule est solutionnée par l’utilisation de splendides éléphants et chameaux mécaniques superbement articulés. À l’acte du Nil, la présence de gigantesques marionnettes figurant des crocodiles apporte une note d’humour qui concourt elle aussi à la distanciation générale. Filmé tel qu’il l’est par la caméra d’Andy Sommer, le plan d’eau censé représenter le Nil, assorti par une immense lune qui surplombe le plateau, fournit des images d’une rare beauté. Sans doute de nombreux aspects de ce beau spectacle étaient-ils perdus, pour les spectateurs véronais, dans l’immensité des arènes. Force est de reconnaître que le drame passe l’écran, rehaussé sans doute par la magie du lieu et par la maîtrise des scènes de foule parfaitement millimétrées.

Comme souvent à Vérone depuis quelques années, la distribution manque singulièrement d’intérêt. On pourra noter cependant de solides interprètes pour les voix graves. est en revanche un Radamès sans charme, au chant vaillant mais dépourvu de subtilité. En dépit de son âge avancé, est encore une bouillonnante Amnéris, même si son falcon à l’aigu percutant ne possède pas les notes graves exigées pour une telle partie. Enfin, la merveilleuse apporte au rôle d’Aida toutes les qualités requises pour ce rôle difficile entre tous : voix longue et sans limite, aigus filés pianissimo, vaillance, compréhension dramatique. Son incarnation est crédible de la première note à la dernière, et l’on regrette qu’elle soit entourée de partenaires aussi médiocres.

On louera pour finir le métier de l’orchestre et des chœurs, ainsi que la direction inspirée du chef israélien , autant à l’aise dans les flonflons que dans les scènes d’intimité.

Lors de l’été 2014, le public des arènes aura le choix entre la mise en scène avant-gardiste de et la production originale de 1913, année de la création du festival. Quel que soit l’intérêt historique de la seconde, il aurait tort de se priver de la première.