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Vivaldi et Kristina Hammarström

fait partie de ces valeureux troupiers que, de spectacle de spectacle, les amateurs de musique connaissent bien, mais qui, pour des raisons parfois mystérieuses, ont été délaissés par les grands labels discographiques. Conséquence inéluctable d’un star-system qui fait la part belle à quelques « happy few ». Ce CD consacré à Vivaldi permet donc en quelque sorte de réparer une injustice flagrante, car il confirme les immenses qualités d’une interprète solide et fiable, qui défend courageusement depuis de nombreuses années des ouvrages généralement peu connus du public. On la retrouve d’ailleurs dans le récent enregistrement de l’Orlando de Jacobs, où elle campe un très convaincant Medoro.

Habituée des rôles travestis auxquels la destine son mezzosoprano long et souple, la cantatrice suédoise nous livre ici certains des plus beaux airs de castrats écrit par Vivaldi. À l’aise autant dans l’élégie que dans la vocalise furibonde, elle propose un programme riche et varié permettant de faire alterner quelques tubes (extraits d’Orlando Furioso) et raretés (Teuzzone, L’incoronazione di Dario) vivaldiens. Pour les pages les plus célèbres, la comparaison avec ses concurrentes les plus directes (Cecilia Bartoli, Joyce di Donato, Vivica Genaux…) affiche cruellement certaines limite dans l’expression : le « Sposa, son disprezzata » de Bajazet est ainsi sans appel.
Le réel bonheur de cet enregistrement réside dans l’accompagnement orchestral du Concerto de’ Cavalieri, sous la baguette fougueuse et inspirée de son chef attitré, . Les airs d’opéra ont d’ailleurs été de toute évidence choisis afin de mettre en valeur les instruments solistes de l’ensemble. Autant la violoncelliste Giovanna Barbati que le flûtiste Luigi Lupo sont ainsi mis à l’honneur, mais il serait injuste de ne pas nommer les trompettistes Andrea di Mario et Jonathan Pia ou les violonistes Francesca Vicari et Antonio De Sedondi, notamment sollicités dans les concertos. Le jeune se déchaîne dans un programme qui, encore plus que ces dans ces derniers disques consacrés à Scarlatti et Pergolesi, lui va comme un gant.