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Gymnopédies et Mouvements virtuoses aux Nuits de Fourvière

Les yeux fermés, courez ce soir admirer les sensuels et virtuoses danseurs de la Compagnie interpréter les Gymnopédies d’, puis Mouvements d’, pour les Nuits de Fourvière, en première française.

« Je travaille le duo, sa transfiguration, le fracas de sa beauté, sa finesse… mon sujet est le chemin vers toi. » définit parfaitement la voie qu’elle trace dans cette chorégraphie sans égal sur les notes ensorcelantes d’ que les danseurs jouent à tour de rôle sur un piano emmailloté. Dès le premier tableau émergent de drapés crème chrysalides, nus en duo, dix danseurs papillons, main dans la main.  Ils naissent plus qu’ils apparaissent, disparaissent puis reviennent s’enrouler l’un autour de l’autre en des jeux érotiques, amoureux, voire orgasmiques. « Chemin vers toi » et « duo » sont les thèmes forts de ces trois gymnopédies, à l’origine des danses spartiates nues évoquées par Xénophon, Platon ou encore Plutarque dans son Traité de la musique, qui ont inspiré Erik Satie au piano sur un rythme à 3/4.

Aux évocations de sexe ludique d’un duo sous les draps dont les cris et les rires sont sans ambiguïté est opposé dans le même temps un autre duo debout se cherchant timidement, s’effleurant tandis que l’autre, allongé, continue de s’empoigner joyeusement.

Quand un danseur se transforme en clown avec un simple nez rouge, il ouvre la bouche tel le benêt et parcourt la scène en riant, hagard, le mouvement est lent et douloureux, triste puis grave, comme l’indique la partition.

Les contrastes sont provoqués par les différentes tonalités des danseurs aux mouvements organiques, coulants, bref des « clunks » comme l’explique une interprète bientôt interrompue par les caresses envahissantes d’un autre venu la ramener à la danse ! Ses mots se transforment alors en râles de jouissance, tandis qu’au piano s’achève bientôt la troisième gymnopédie d’Erik Satie.

Après un entracte, commence un second spectacle d’une même virtuosité mais d’une tout autre nature : ce sont les signes à l’encre et les poèmes du recueil Mouvements d’ qui prennent forme. Face aux dessins projetés en fond, les danseurs interprètent les idéogrammes au cordeau. Le spectateur médusé assiste grâce aux contorsions des danseurs à une matérialisation des mots et des gestes peints de Michaux qui écrivait pour se parcourir : « Peindre, composer, écrire : me parcourir ».

Marie Chouinard réussit en se coulant dans le texte à faire vivre ces « mouvements des replis et des enroulés sur soi-même, et des boucliers intérieurs » que Michaux y décrit. Le choix d’une musique électro au rythme effréné donne aux figures des danseurs une énergie diabolique, inscrivant une forme de transe dans l’espace de cette incarnation des traces anthropomorphiques du peintre-poète, donnant aussi bien un « homme à huppes galvanisant ses haillons » qu’un « homme aux appuis secrets, fusant loin de son avilissante vie » (Henri Michaux, Mouvements, 1951).

Marie Chouinard emmène magistralement sa compagnie sur des chemins de traverse novateurs en rendant un bel hommage sensuel à Erik Satie dans Gymnopédies et en prouvant que le corps peut devenir pinceau spirituel dans Mouvements, rapprochant ainsi le corps de la tête selon le souhait de Michaux. Du grand art et des danseurs organiques, sensationnels, à couper le souffle (qu’ils ont haletant !)

Crédits photographiques :  Gymnopédies ©  Les Nuits de Fourvière