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Arthur de Greef, ami de Grieg

Nous avons souligné précédemment l’excellence des réalisations APR (Appian Publications & Recordings) lors de la parution du bel album consacré à la pianiste britannique . Or voici que ce même label nous offre en 4 CDs une anthologie exhaustive des gravures du pianiste et compositeur belge , et ici encore, l’ingénieur du son responsable des transferts accomplit ces prodiges dont il est coutumier…

Il était nécessaire que ce genre de parution ait enfin lieu, car l’importance historique de ce pianiste lié à Brahms, Grieg, Liszt et Saint-Saëns est indéniable. Le label anglais Pearl avait déjà publié précédemment un disque où l’on découvrait de Greef jouant le Concerto pour piano de Grieg et quelques pages de Chopin, Moskowski et Schubert-Liszt, mais c’était peu de chose en comparaison à l’édition APR actuelle.

Non pas que tous les enregistrements réalisés par y soient présents : omet judicieusement les gravures acoustiques fort tronquées d’œuvres concertantes que le pianiste a réenregistrées complètes selon le procédé électrique nettement plus fidèle. L’album APR contient donc les uniques 78 tours acoustiques des œuvres non regravées par après : les Variations Symphoniques de Franck et le Concerto pour piano n°1 en mi bémol majeur de Liszt. Quant aux 78 tours pour piano solo, ils y sont tous présents, acoustiques ou électriques. Il est toutefois regrettable que les pages de musique de chambre, enregistrées avec la violoniste Isolde Menges, aient été élaguées, nous privant ainsi de la Sonate n°9 op. 47 « à Kreutzer » de Beethoven et la Sonatine en sol mineur op. 137 n°3 de Schubert. Il aurait fallu évidemment un 5e CD… Mais le visuel du coffret précise bien « Enregistrements solos et concertants ».

Arthur de Greef (1862-1940) étudie au Conservatoire Royal de Bruxelles où il obtient son Diplôme de Capacité en 1881. C’est à cette époque qu’il rencontre pour la première fois : « Lorsque je me déplaçai vers le pianoforte et sentis le regard vif de ces yeux profonds et scrutateurs fixés sur moi, je connus la sensation de nervosité pour la première fois dans ma vie. Quand je cessai de jouer, le vieux maître traversa la salle, me tapa sur l’épaule et avec le sourire le plus engageant me remercia en paroles d’encouragement et de sincérité. Voilà comment je rencontrai . » De Greef étudie ensuite avec Liszt et Saint-Saëns, ce qui lui permet d’obtenir, de retour à Bruxelles, la fonction de Chargé de cours de piano au Conservatoire en 1885. C’est le début d’une carrière internationale, principalement en Angleterre et en Norvège où il rencontre qui le considérera comme l’idéal interprète de sa musique, avec Percy Grainger : « De Greef est le meilleur interprète de mes compositions pour piano que j’ai rencontré. C’est surprenant comme il comprend mes intentions. Que j’erre aux sommets des montagnes ou que je descende aux profondeurs des vallons, que je sois raffiné ou vigoureux, il me suit toujours avec un instinct merveilleux. Je me sens heureux et honoré par sa sympathie pour mon art. Il est un vrai maître. » Grieg dirigea souvent son Concerto pour piano en la mineur avec de Greef comme soliste.

Arthur de Greef fut également un compositeur de talent, et sa musique a l’élégance et le raffinement caractéristiques de ses interprétations : on lui doit notamment deux beaux Concertos pour piano (Marco Polo 8223810) et les ravissantes Quatre vieilles Chansons flamandes pour orchestre, gravées jadis chez Telefunken par Franz André et rééditées superbement en CD par Forgotten Records (fr613).

La carrière discographique d’Arthur de Greef s’étale du 27 décembre 1917 au 27 mars 1931 chez His Master’s Voice. Aux côtés de ceux des pages de Liszt, Saint-Saëns, et bien sûr de son compatriote César Franck, l’enregistrement le plus important du pianiste est peut-être celui du Concerto pour piano en la mineur de Grieg. C’est le professeur de de Greef, Louis Brassin, qui le premier à Bruxelles joua l’œuvre en mars 1874. Il était donc naturel que de Greef s’y intéresse également, et ce sont évidemment sa rencontre avec Grieg et le soutien du compositeur qui donnent à l’enregistrement du pianiste tout son prestige historique. La clarté de l’exécution et les tempi cohérents sont vivifiés par une ardeur, une flamme et un lyrisme particulièrement convaincants. Le jeu d’Arthur de Greef est résolument moderne et actuel, solide et direct, par rapport à celui de beaucoup de ses confrères contemporains. Ce qui ne l’empêcha pas d’agrémenter certaines pages de coquetteries personnelles, héritées du XIXe siècle, mais toujours de bon goût : au tout début du Concerto de Grieg, par exemple, il termine son arpège solo ascendant par un accord aigu non présent dans le texte ; dans l’introduction du Finale Allegro moderato molto e marcato, il transforme la gamme descendante en un impressionnant glissando ; et à la toute fin de l’œuvre, il fait précéder les ultimes accords par un retentissant tremolo en octaves fortissimo également absent de la partition. Mais quel panache dans l’exécution de ce chef-d’œuvre de Grieg dont on comprend l’admiration envers son interprète !

Arthur de Greef fut honoré très justement du titre de « pianiste de la Cour de Belgique ».

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