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Début du cycle Beethoven par Philippe Jordan à Garnier

L’intégrale des neuf symphonies de Beethoven sera répartie durant toute la saison, jusqu’en juillet 2015. L’innovation n’est pas vraiment au rendez-vous et on pourra déplorer le peu d’originalité à consacrer la quasi-totalité des prestations symphoniques de l’orchestre de l’Opéra de Paris à une énième intégrale Beethoven (une par an en moyenne depuis dix ans dans les salles parisiennes). Une de plus ? Pas forcément.

Faire monter sur les planches cet orchestre de fosse ménage de belles surprises et permet d’apprécier la véritable valeur de musiciens souvent confinés dans les seconds rôles. La sécheresse de l’acoustique du Palais Garnier est pour eux un redoutable défi qui ne pardonne ni faux pas, ni approximation.

répond aux pièges de cette bonbonnière de velours en haussant le volume dès que possible, c’est-à-dire très souvent dans les Symphonies n°2 et n°7… La suite du cycle se poursuivra dans la nef de l’Opéra Bastille (sans doute davantage appropriée au projet), avec  en apothéose, une Symphonie n°9 en juillet 2015.

L’adagio molto de la Symphonie n°2 sert de round d’observation à une petite harmonie réglée légèrement trop haut pour affronter des cordes qui ne demandent qu’à en découdre. L’ensemble file droit, le son est massif mais sans vraiment de muscle. Les accents très marqués de l’allegro con brio renvoient à un sens des nuances assez téléphoné, avec quelques décalages inévitables. Le fortissimo continu rogne les ailes d’une progression dynamique qui explose trop tôt. Retenu en milieu d’archet, le cantabile pudique du Larghetto peine à éclore, malgré les trésors de finesse que déploient le hautbois de Jacques Tys et la flûte de Frédéric Chatoux. Au vibrato des cordes parcimonieux s’ajoutent des cors trop prudents dans un jeu de questions-réponses assez binaire. La mise en place et la netteté des plans sonores est irréprochable mais puise dans une agogique assez droite, sans le rubato expressif qui permettrait d’assembler les thèmes et faire circuler l’énergie. L’allegro molto s’ébroue dans une ponctuation assez molle, l’orchestre dévorant ne fait qu’une bouchée des finauderies des bois et la résonance de l’accord final ne dure pas plus que nécessaire.

Apothéose de la danse selon Wagner, cette Symphonie n°7 a pourtant de quoi effrayer les maîtres de ballet. Dès l’ouverture, le feutre étroit de la percussion éreinte le chant. La pompe (de circonstance ?) est imposante et roborative. Tant pis au passage si l’allegretto est exilé sur son île déserte – tant ce qui l’entoure résonne avec fierté et puissance. choisit de couper court aux toux et chuchotements en enchaînant ce célèbre deuxième mouvement sans faire de pause, alors même que les derniers accords du vivace sont à peine éteints. On laisse de côté la quête d’une épaisseur métaphysique pour admirer la belle rondeur des contre-chants et la couleur générale de l’orchestre. Dans le presto, le barrage sonore cède aux coups de boutoir et la déferlante dynamique emporte tout sur son passage. On reste un brin spectateur de ces jeux de lumières entre nuances dynamiques extrêmes. La puissance du maelström conclusif fait craindre à plusieurs moments que l’équilibre de l’orchestre finisse par se rompre. Malgré les clous furieux que plantent les trompettes, l’ensemble arrive à bon port, les attaques acérées succédant aux phrasés courts des cordes compactes. Les caryatides et les pastels peuvent souffler – la tempête est passée, laissant au public enthousiaste la joie de laisser éclater ses applaudissements.

Crédit photographique : Philippe Jordan © JF Leclercq