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Christian Gerhaher, la lettre et l’épure

et affrontent un exigeant programme de lieder signé Schubert et Rihm à l’amphithéâtre Bastille. Les poésies de Goethe servent de fil rouge à ce récital en proposant à l’auditeur une véritable réflexion sur la nature profonde du romantisme.

Faisant mentir l’annonce qui le faisait porter pâle, n’a pas manqué son rendez-vous avec le public venu l’écouter à l’amphithéâtre Bastille. Plus une place de libre et (chose rare ces temps-ci), une surprenante concentration d’écoute.

Ce courageux florilège hors des sentiers battus nous invite successivement chez Schubert et Rihm, avec comme fil rouge la plume de Wilhelm Goethe. La première partie est construite autour d’un choix de lieder de jeunesse de Schubert, avec en guise de couronnement les trois Gesänge des Harfners.

Hors des sentiers battus

Curieux artiste, tout de même. On pourrait faussement le croire aux confins de l’austérité, tant il refuse les effets de manche et s’efface, même physiquement, laissant le texte seul s’exprimer. Impavide et inintéressant au disque, Christian Gerhaher puise dans les conditions du live toutes les ressources nécessaires à la plus pure expression de son art. Ce Sehnsucht introductif est un modèle de style et de galbe. Le piano de en guise de seconde peau, souligne les suspensions élégantes et les rebonds. Même constat dans le court et pensif Wonne der Wehmut, paysage psychologique en mode mineur dans lequel le baryton fait oublier les difficultés techniques en matière de souffle. Les ondulations scintillantes de son An den Mond se muent soudain en une plongée bouleversante dans le registre grave et parlando.

Que ce soit dans l’impétuosité de Rastlose Liebe ou bien les apaisants Nachtgesang et Schäfers Klagenlied, on admire sans réserve des qualités de legato souveraines et sans pareille. Les griffes sont là, prêtes à sortir quand il le faut… mais toujours sans ostentation ni volonté d’en faire trop.

Les Goethe-Lieder (2004-2007) de sont chantés scrupuleusement avec partition ; fugaces embardées de lignes à la rythmique volatile, les six textes brillent d’un éclat mat et amer. On s’étonne de cette esthétique de l’irrégulier et du vibratile, comme ce Willst du dir ein gut Leben zimmern ou Parabase, construit de guingois. Le Harzreise im Winter (2012) n’hésite pas à recourir à un texte narratif d’une ampleur confortable, à l’imitation des œuvres vocales romantiques qui sont davantage opéra de poche que lieder avec piano.

Les Schubert de la deuxième partie explorent des sentiers méconnus, au détour desquels on découvre ce mystérieux et inachevé Mahomets Gesang, dont la fulgurance terminale est servie à froid dans la voix qui s’élance et reste en suspens. Pas davantage de recherche de l’épate à bon compte dans un Willkommen und Abschied qui conclut sans humour un copieux et passionnant programme – privé de bis, sans doute par l’effet d’une scrupuleuse prudence.

Crédit photo : Christian Gerhaher © Bayrerische Staatsoper