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Parfums latinos avec Diego Matheuz à Lyon

L’ a eu l’heureuse idée de convier le chef  vénézuélien . Produit d’une école de direction qui nous déjà  offerts plusieurs jeunes « prodiges » comme le planétaire Gustavo Dudamel, le brillant Christian Vásquez ou les sérieux et Domingo Hindoyan, est l’un des jeunes chefs que l’on s’arrache : il est déjà directeur musical de La Fenice de Venise et chef invité auprès de l’Orchestre symphonique de Melbourne.

Pour ce concert intitulé « parfums latinos », il se présentait, seul face à l’orchestre,  dans un programme latino composé d’un tube et de deux raretés. Les « Danses symphoniques »  tirées de West Side Story sont l’un des chevaux de bataille des orchestres,  surtout des orchestres de jeunes. Fuyant le côté imagerie de carte postale, le chef impose une lecture assez noire de ton, dramatique dans ses effets et concentrée sur la gestion d’un flux orchestral assez massif (et qui vire trop souvent au bastringue débraillé avec des baguettes moins compétentes). Sa précision rythmique met en valeur les pupitres, très concernés de l’Orchestre lyonnais. On peut  reprocher au chef un ton un peu trop sérieux, mais sa lecture possède le mérite de la constance et de la solidité.  Deux petites piécettes complétaient la partie purement symphonique de ce concert : la pittoresque rapsodie Huapango de Moncayo et la transe infernale Sensemayà de Revueltas, deux compositions mexicaines. sait garder l’essence de cette musique sans en forcer le trait. Dans Revueltas, il déchaine une mécanique orchestrale carénée et tellurique digne d’une Valse de Ravel ou de Pacific 231 d’Honegger. L’orchestre se montre très à son aise dans cette musique assez éloignée de son cœur de répertoire mais qui permet aux vents, aux cuivres et surtout aux percussions de s’en donner à cœur joie.

Tête d’affiche de la soirée l’inénarrable duo de formé de aura drainé un public de groupies nombreux (et plus tout jeune). Côté musical, l’oreille reste dubitative devant un  Concerto pour deux pianos Poulenc loin, très loin, de sa gouille naturelle et de son côté polisson. Poulenc en devient un ersatz de Rachmaninov  et de Stravinsky en perdant sa logique et son naturel. Fort heureusement, la Rapsodie espagnole de , jouée en prolongement du concerto, était plus belle de texture et plus vraie de style. Un petit extrait jazzifiant de Milhaud à travers la « Brazileira » du Scaramouche était un bis bienvenu qui se fondait dans l’essence de ce programme latino.

On retiendra donc de ce concert la personnalité du chef d’orchestre Diego Matheuz, ce tout juste trentenaire témoigne d’un sérieux et d’une capacité à transcender un orchestre, mais l’on espère le revoir très rapidement à Lyon pour le « jauger » dans un répertoire plus conséquent.

Crédits photographiques : Marco Caselli Mirmal