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Un Beethoven en manque d’héroïsme à Bastille

Deuxième levée de l’intégrale des symphonies de Beethoven que l’Orchestre de l’Opéra entama dans les ors de Garnier et qui se poursuit désormais dans l’immense vaisseau de Bastille, ce concert, dirigé par , au sommet duquel se trouvait l’immense « Héroïque » précédée, assez classiquement, par la Symphonie n°1, avait fière allure sur sa partie finale.

En formation réduite à quarante cordes, l’orchestre se trouva confronté d’emblée à la première difficulté, compte tenu du volume de la salle, consistant à produire un son captivant. Un défi qu’il ne réussit pas totalement à surmonter, d’où la sensation d’entendre une interprétation joliment tournée mais peu habitée, nous laissant quelque peu extérieurs à cette musique déjà révolutionnaire pour son époque, même si de façon moins spectaculaire qu’avec la Symphonie n°3. Tempo classique, équilibre instrumental prenant soin d’éviter toute mise en exergue, phrasés bien posés mais sollicitant peu l’expressivité, en particulier des vents, style interprétatif sans bousculade, la vision du chef ne cherchait manifestement pas à réinventer encore une fois cette musique. Cela donna d’ailleurs un côté intemporel à cette version, ni tournée vers le passé ni annonçant clairement la suite. Ce qui contribua sans doute aussi à dépassionner le discours qu’on perçut un peu trop sage.

On espérait évidemment plus d’engagement avec la suite du programme, ce qui se produisit, mais pas immédiatement. Arrivant d’un pas alerte sur son podium, le chef lança trop vite les deux accords introductifs, alors que la salle ne s’était pas encore tue, comme si ces accords ne servaient à rien, sans générer la moindre tension préalable. Qu’il nous soit permis de dire, de toute notre âme, qu’il ne faut jamais faire ça. C’est ainsi que nous nous retrouvions propulsés, sans autre forme de procès, au milieu de l’exposition, elle-même expédiée vivement, la reprise arrivant déjà alors que, musicalement, nous n’étions toujours pas réellement rentrés dans la symphonie. Aucune trace d’héroïsme dans ce premier mouvement en réel déficit expressif, et si la Marcia funebre s’en tira mieux, on ne peut pas dire qu’elle fut poignante malgré de beaux moments (le fugato par exemple). La suite, moins problématique il est vrai, fonctionna bien mieux, le finale ne manquant pas de panache ni d’allant, arracha l’enthousiasme du public, pour un concert, à nos oreilles, en deçà des chefs-d’œuvre mis au programme.

Crédit photographique : , concert du 7 novembre 2014 © Jean-François Leclercq