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Barenboïm-Argerich, les dieux sont fatigués

Bien sûr, on comprend l’enthousiasme des heureux élus qui ont pu assister à cette mémorable rencontre à la philharmonie de Berlin entre et , deux légendes du piano, argentines l’une et l’autre de surcroît, qui jusque là n’avaient guère joué ensemble.

Pourtant les deux natifs de Buenos Aires se connaissent depuis l’enfance. Mais à la froide audition du CD, en faisant abstraction du caractère exceptionnel de ces retrouvailles, le critique reste plus réservé.

La Sonate pour deux pianos de Mozart caracole avec panache, mais charrie aussi un lot à la longue gênant de fausses notes et de décalages. Les modestes Variations de Schubert pour piano à quatre mains réclament sans doute plus d’humilité et de complicité que dans cette interprétation, séduisante par instants, totalement désordonnée à la fin de l’œuvre, même si le délire de la conclusion assure évidemment les hourras du public.

Paradoxalement, le meilleur du disque réside bien dans le Sacre du printemps, pourtant tellement peu pianistique mais dans lequel le niveau technique actuel de Barenboïm (ce n’est pas un mystère de dire que le musicien est désormais plus chef que pianiste) s’accorde idéalement avec celui de la grande Argerich et, miracle, parvient à recréer l’illusion de l’immense orchestre a priori indissociable du Sacre. On l’aura compris, avec toutes ses imperfections cet enregistrement mérite néanmoins d’être connu, à condition de le prendre comme il est, le témoignage de la rencontre de deux géants de la musique, et non comme une référence.