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Jordan renouvelle la « Pathétique »

Le chef d’orchestre parvient à s’imposer dans une lecture vivifiante de la Symphonie Pathétique. 

inaugure  son mandat de Directeur musical du Symphonique de Vienne avec un premier enregistrement à la tête de ses forces musicales autrichiennes. Cette gravure est dédiée à la symphonie Pathétique de Tchaïkovski, rien moins ! C’est un choix délicat pour un chef que l’on associe plus au répertoire lyrique qu’aux tourments de l’âme russe et pour un orchestre foncièrement attaché à la culture austro-allemande. Pourtant, la notice de présentation nous apprend que le Wiener Symphoniker, fondé en 1900, a déjà joué 300 fois cette « Pathétique », et sous des baguettes aussi illustres que celles d’Herbert von Karajan, Wolfgang Sawallisch ou Carlo Maria Giulini ! Dans tous les cas, la discographie est bardée de références et il semblait difficile de s’y faire un nom. C’est pourtant l’exploit auquel arrive le chef suisse !

Philippe Jordan cherche à dégraisser cette symphonie et à lui rendre une logique musicale. Trop souvent limitée à un concerto pour orchestre cliquant et démonstratif (surtout dans ces mouvements centraux), la Pathétique trouve ici un écoulement musical naturel, anti-démonstratif. Le chef tient ses tempos, plutôt retenus, et ne cherche jamais à sur-jouer du rubato ou à foncer vers l’abime (comme dans « l’Allegro molto vivace »).  Ce qui peut apparaître comme de la prudence s’avère de la saine musicalité et de l’intelligence. Très concentré, l’orchestre répond aux sollicitations de son chef avec brio. Le finale sonne avec tension mais sans jamais donner dans le pleurnichard ou le larmoyant.

Nous l’avons déjà noté, la discographie est pléthorique, mais cette version intelligente et maîtrisée est une nouvelle pierre angulaire contemporaine avec la lecture de Valery Gergiev (Philips), insurpassable mais dans un autre registre !