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Une solide Bohème de répertoire à Bastille

Inusable Bohème de … Depuis près de vingt ans, que cette mise en scène remporte un indéniable succès public, on finirait presque par s’étonner de cette alchimie gagnante. La cuvée 2014 ajoute à la qualité de la mise en scène un plateau de bonne tenue et une solide direction.

En jouant explicitement la carte du néo-réalisme, le décor de Dante Ferretti conserve la nostalgie des bluettes sentimentales imaginées par , à l’origine du livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Pas un détail ne manque dans cet univers transposé au début du XXe siècle, depuis les intérieurs du café Momus et la chambre sous les toits en passant par cette sinistre porte d’Enfer avec urinoir public et publicités pour apéritifs.
Protégée de la désuétude par l’adéquation entre direction d’acteur et modestie du livret, cette production a compris qu’en matière de Bohème, il ne faut pas aller traquer trop loin des concepts inexistants. Les scènes sont simples et l’émotion à portée d’intellect. Libre à ceux qui voudraient aller plus loin d’examiner les allusions (nombreuses) au cinéma des années folles et le fait que Miller joue sur l’évitement des clichés associant les artistes « bohèmes » avec leur discipline artistique.

Classique et efficace

Nul besoin de forcer le trait, le drame de Mimi se lit dans sa frêle silhouette et cette mort, aussi simple que de fermer les yeux et de tourner la tête, sans grandiloquence. Les scènes de foule sont plus délicates à diriger, l’éloignement des groupes sur toute la largeur de Bastille ne permettant pas de synchroniser les départs et les déplacements.

Le spectacle tient en grande partie à la direction de , qui fuit tout sentimentalisme à bon compte. Les lignes sont franches et détaillées, avec la volonté d’impulser une réelle dynamique à un orchestre qui n’en demande pas tant.

Le forfait de Khachatur Badalian a contraint à quelques modifications de plateau, dont une piquante multiplication des Rodolfo : Piotr Beczala, Dimitri Pittas, Vittorio Grigolo et… . Le ténor marocain campe un Rodolfo de grande qualité, les couleurs compensant une relative modestie de la projection. n’a pas l’incandescence d’une Mirella Freni mais elle est parfaitement crédible dans l’incarnation du personnage, malgré un volume dynamique assez limité. L’excellent Marcello de a le bon goût de céder à la délicieuse . et se partagent des lauriers mérités, respectivement en Schaunard et Colline.

Crédits photographiques : © Opéra national de Paris/Julien Benhamou