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Dvořák sensible et Brahms à plein poumon avec le Philharmonique de Radio-France

Ce concert aurait pu s’intituler « les surdoués au pouvoir » tant les deux artistes invités à l’archet comme à la baguette, en ont le profil, le violoncelliste emportant le concours Tchaïkovski à 16 ans, gagnant le concours de chef de Besançon à 19 ans.
A l’aube de leur trente et quarantième printemps, voilà le chef et le violoncelliste réunis pour ce programme romantique qui tint ses promesses.

Rapprocher Dvořák et Brahms n’est pas nouveau et choisir le Concerto pour violoncelle du premier, dont la découverte fit regretter au second de ne pas en avoir écrit un lui-même, est un habile clin d’œil avant l’œuvre qui occupa l’esprit de Brahms plus de vingt années, quasiment la durée qui sépare également les deux œuvres. Classiquement c’est le concerto qui fut joué en première partie, avec une belle entrée en matière orchestrale, ample mais sans effets appuyés, qui ouvrit la voie au violoncelle de qui ne se jeta pas à corps perdu sur chaque sforzando ou fortissimo jalonnant son chemin, au profit d’une fluidité  du discours attentionnée et d’un son toujours mélodieux. Ce romantisme charmeur plus qu’emporté ne manquait certes pas d’élégance, comme d’ailleurs l’accompagnement de , mais nous donna parfois la sensation de trop contrôler l’expression. Ainsi le caractère libre et épique qui traverse cette partition fut moins perceptible ce soir. Par contre chef et soliste trouvèrent un équilibre sonore et expressif quasi parfait, l’orchestre produisant un son plein et chaleureux qui soutint sans faiblir le violoncelle solo. Si l’Adagio ma non troppo réussit à émouvoir malgré ses molto espressivo un peu trop pudiques, on sentit les interprètes se lâcher un peu plus dans un final plus ludique sans être pour autant jubilatoire, concluant une belle version de concert, moins portée sur l’épique que sur le charme et la sensibilité, un évident choix musical parfaitement défendu par les interprètes du soir.

Première surprise visuelle à la reprise que de voir un orchestre gonflé à presque soixante-dix cordes, surtout dans cette nouvelle salle de dimension raisonnable ou l’habituel effectif de soixante devrait suffire. L’introduction poco sostenuto très ample et retenue allait donner le ton et une partie de la réponse. Voila un Brahms ancré sur les assises basses de l’orchestre, respirant large, à l’allemande, qui nous attendait ce soir. Si Lionnel Bringuier sut faire évoluer son tempo avec justesse tout au long du premier mouvement, celui-ci manqua d’un peu de tension, de rebond rythmique et de lisibilité dans sa structure organique pour entièrement convaincre. La suite alla bien mieux, porté par un orchestre en belle forme, concentré, impliqué, et culmina dans un final franchement emballant, où on sentit plus nettement l’apport de ces neuf contrebasses et de ces douze violoncelles dans la production de ce son plein et puissant jusqu’à l’accord final.

Crédit photographique : Lionel  Briguier  © Jonathan Grimbert-Barré