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Le JACK Quartet en concert

Jeune phalange américaine, le s’est formé aux cotés des quatuors Arditti, Kronos et Muir: en bref, voilà une formation au sein de laquelle la virtuosité du geste, l’énergie du son et la cohésion du groupe sont portées à la perfection.

Le label bmn capte en direct leur concert donné le 21 octobre 2014 à Bâle, incluant la création mondiale du Quatuor n°8 de .

Comme leurs ainés, les membres du (un nom constitué des quatre premières lettres de leurs prénoms) s’engagent dans la création d’aujourd’hui, sollicitant bon nombre de compositeurs dont ils assurent les créations. Esprits curieux et chercheurs, ils aiment confronter une certaine complexité de l’écriture actuelle avec celle du Moyen-âge, plus précisément de l’Ars subtilior du XIVème siècle finissant, où les paroles en latin ne sont plus qu’un prétexte à la combinatoire des quatre lignes mélodiques.

Ainsi introduisent-ils leur concert par un motet de dont ils ont eux-mêmes adapté la musique pour leurs quatre archets. La même complexité virtuose anime l’esprit d’ dans son Quatuor à cordes n°3. Le compositeur américain exerce ici son art de la polymétrie, en concevant l’écriture du quatuor selon deux duos qu’il emboite, combine, superpose, dans une trajectoire aussi foisonnante que contrôlée. Répertoire d’élection pour ces prodiges de l’archet, la musique d’ acquiert sous leur conduite une brillance et une acuité étonnantes.

Celle de Ruth Crawford Seeger, compositrice américaine décédée à l’âge de 52 ans, privilégie l’aspect narratif du discours. Son Quatuor (1931), proche de Berg par le relief dramaturgique, s’articule en trois mouvements enchaînés où l’énergie qui gorge les volets extrêmes contraste avec l’inertie de la plage centrale, engendrant une polyphonie circulaire très hypnotique.

Le Quatuor n°8 de G.F. Haas, qui était donné en création, est la pièce maîtresse de cet album  associant au CD la vidéo du concert et une introduction à l’oeuvre nouvelle confiée au musicologue Elmar Budde.

Chercheur lui-aussi, investigant toujours plus avant dans le domaine microtonal, conçoit pour son nouveau quatuor une grande forme en arche où la dimension horizontale (la fugue microtonale du début) le cède progressivement au déploiement vertical (l’image spectrale au centre de la trajectoire) avant la grande désinence finale; selon le processus inverse du début, les quatre instruments en convergence conduisent alors le son jusqu’au souffle originel.

Précision de l’intonation et fusion des timbres s’associent, dans l’exécution du Jack Quartet, à  l’intelligibilité du texte et une séduction sonore qui nous comblent.

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