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Les derniers organistes français avant la révolution par Olivier Baumont

Déjà suggérée par quelques extraits lors d’un précédent coffret Tempéraments, cette parution consacrée aux derniers organistes de l’ancien régime fait figure d’évènement, nous révélant par la même occasion un pianoforte organisé conservé au musée de la musique de Paris.

A la suite du coffret Tempéraments de 8 disques paru l’année dernière (Clef Resmusica mai 2014) couvrant deux siècles de musique, ce dernier volume matérialise la période révolutionnaire, avec une pléiade de compositeurs dont certains ne sont connus que des organistes ou presque. Pour nous les présenter, , excellent claveciniste devenu pour l’occasion un non moins remarquable organiste, s’est rendu à Bordeaux dans l’abbaye Sainte-Croix où résida le bénédictin François Bedos de Celles au milieu du XVIII° siècle, et ou il édifia un orgue monumental. C’est sur cet instrument génialement restauré par Pascal Quoirin il y a quelques années que sonne en toute puissance le répertoire pré-révolutionnaire. Le disque débute avec un concerto pour orgue seul en quatre mouvements du dijonnais , organiste à Saint-Roch à Paris. Cette œuvre inspirée par l’Italie signe la naissance du concert d’orgue, loin de toute liturgie.

Avec Beauvarlet-Charpentier et deux de ses fugues apparait ici un instrument inédit et inouï, un pianoforte des Frères Erard augmenté d’un jeu d’orgue comprenant un bourdon de 8 pieds, une flute de 4 pieds, et un dessus de flute 8. Courants à l’époque, à la suite des clavecins ainsi appareillés, les pianoforte « organisés » permettaient d’élargir le répertoire, en présentant l’immense qualité de pouvoir entendre le son frappé du piano et continu de l’orgue, le tout en même temps.

Le récital se poursuit avec d’autres pièces parfois cocasses ou humoristiques avec , dernier Couperin d’envergure, dont on peut entendre encore l’orgue à Saint-Gervais à Paris dans sa composition telle qu’il l’avait connue. Passons sur Benaut dont la musique est vraiment secondaire, sauf la préface de son livre d’orgue, pour le coup fort instructive sur les registrations et la manière de jouer de l’époque. Avec , le plus célèbre de tous, on se délectera en conclusion d’un Offertoire avec le jeu de tonnerre, enfonçant la première octave grave de pédale et préfigurant les canonnades révolutionnaires.

Encore une belle réalisation de Tempéraments, avec un choix judicieux d’instruments adaptés à un répertoire bien spécifique, dans une interprétation de premier plan, le tout soutenu par une prise de son « à la hauteur ».