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Le nouvel an de l’OPRL, c’était avec l’autre Strauss!

a beau être Viennois, son concert de Nouvel an à la tête de l’OPRL ne lorgnait en rien sur les traditions entretenues par ses compatriotes au Musikverein. Ce soir, il y avait bien un Strauss au programme, mais pas celui que l’on attendait…

Et bien que ne proposant aucune valse viennoise, ce programme portait un regard bienveillant sur la capitale autrichienne, avec Haydn et Mozart au programme. L’acoustique de la Salle Philharmonique n’était à notre sens pas l’alliée de l’orchestre qui ouvrait ce concert avec Haydn. Chaque fin de phrase de la pétillante Symphonie n° 88 apparaissait comme « lissée » par la réverbération importante de la salle, phénomène allant (a priori) à l’encontre des efforts déployés par le chef d’orchestre. Au-delà de cette remarque, nous constatons que la musique de Haydn nous est délivrée avec beaucoup d’éloquence. Une analyse profonde des phrasés et des accents est perceptible dans le jeu des musiciens, sans que le discours ne perde pour autant en naturel. Un tempo plus animé aurait à notre goût révélé davantage de saveurs dans le Largo, mais la cohésion de l’orchestre sur l’ensemble de la symphonie nous a totalement convaincus.

Les chefs de pupitres de l’OPRL sont rarement présentés comme solistes dans des œuvres concertantes. C’était donc un réel plaisir que de voir programmée la sympathique Symphonie concertante pour flûte, hautbois, cor, basson et orchestre de Mozart. Cor et basson s’y voient réserver des traits particulièrement ardus, mais ces derniers n’ont pas eu raison des nerfs d’acier des exécutants. Bruce Richards a démontré qu’il pouvait traverser en arpèges l’intégralité de l’ambitus du cor sans que la beauté du son ne souffre la moindre imperfection. Quant à Joanie Carlier, c’est une prestation digne d’une athlète qu’elle a accomplie, souvent exposée dans des traits d’une rapidité diabolique. Hautbois et flûte ont également participé positivement à ce joli succès largement applaudi.

Après la pause, c’est l’orchestre « grand-format » qui entre en scène pour Ainsi parlait Zarathoustra. À l’issue de la célébrissime introduction, nous avons été étonnés de la timidité de l’orgue. Là où on attendait le plein jeu, nous n’avons perçu qu’une timide flûte… Mais au-delà du Lever de soleil, nous avons particulièrement apprécié la clarté avec laquelle on pouvait apprécier l’orgue, difficilement perceptible dans de trop nombreux enregistrements, au-delà de quelques éclats. La partition n’est pas la plus simple à diriger dans la somme des poèmes symphoniques de Strauss. Sous nombre de baguettes, majesté et éclat s’accompagnent trop souvent d’une avalanche indigeste de décibels. Ce soir, nous avons bien reçu la puissance, mais également la sensualité. Et ce grâce à un équilibre idéal permettant une lecture évidente de la musique, même dans les plus larges tutti orchestraux. Retenons également l’investissement du Concertmeister aussi vif et truculent que si il avait eu à jouer la partie solo de Ein Heldenleben

Ce concert varié et abouti devrait avoir donné à (le nouveau directeur général de l’OPRL venu se présenter à son public en début de soirée) un bel aperçu des talents de sa nouvelle maison !

Crédit photographique : © A.S. Trebulak

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