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In America avec le Festival Présences

Quelques mois après l’inauguration du nouvel auditorium de Radio France, le Festival de la création sonore Présences retrouve ses attaches dans la « maison ronde » après plusieurs années d’itinérance.

C’est une odyssée sonore américaine et de toutes les Amériques – de l’Alaska jusqu’à la Terre de feu, du Rio de la Plata jusqu’au Labrador – que nous propose cette 25ème édition. Elle était lancée par l’ dirigé par le jeune et brillant chef vénézuélien , actuel directeur musical d’El Sistema Colombia.

La soirée débutait avec l’iconoclaste et sa Pièce n°2 de 1986, écrite pour petit effectif orchestral et deux pianos. L’oeuvre facétieuse et un rien déroutante relève d’une combinatoire secrète où canons et superpositions de tempi, confiés aux timbres solistes, lui confèrent un caractère étrange mais non dénué d’humour. C’était une courte introduction américaine aux deux créations mondiales de la soirée, deux concertos invitant sur scène les solistes d’exception que sont le hautboïste Olivier Doise et le violoncelliste .

Hors thématique, le Concerto sacra de et les huit séquences qui l’articulent font référence aux heures de prière monastiques (Matutina, Prima, Tertia…) tandis que l’écriture mélodique emprunte à un répertoire grégorien revisité par le compositeur, « avec tout le confort moderne ». Un timbre – sorte de cloche fêlée obtenue par l’alliage d’un son multiphonique au hautbois et des cloches-tubes – rythme le parcours tandis qu’une arabesque légère circulant à tous les pupitres semble faire figure de refrain. L’orchestration plutôt virtuose génère de jolies trouvailles, tout en empruntant aux couleurs de Ravel, Messiaen, Dutilleux voire même – Amériques oblige! – celles de Gershwin. C’est d’avantage le hauboïste qui nous surprend. Actuel soliste de l’Orchestre Philharmonique, Olivier Doise est rien moins que phénoménal dans une partie redoutable écrite pour lui « sur mesure », qu’il défendait avec une vaillance et un brio exceptionnels.

D’origine argentine, conçoit son concerto pour violoncelle de manière plus narrative, concédant trois mouvements aux titres évocateurs: Ancestral, Luna nueva, Kallpa. Les couleurs d’un « folklore imaginaire » imprègnent ici les textures orchestrales et le profil des lignes mélodiques étrangement orientalisantes. Des scansions rythmiques plus « cambrées » inscrivent le propos dans l’esprit du Tango et du Carnavalito évoqués par le compositeur. Toujours très en dehors, la partie de violoncelle, plus technique que virtuose, est un rien bavarde mais excellemment servie par au devant d’un Orchestre Philharmonique irréprochable. Avec un jeu toujours très habité, le violoncelliste déploie une énergie et une palette de couleurs somptueuses.
Après Espacio rituel du Dominicain , courte page orchestrale aux rythmes et aux couleurs foisonnantes, un des trompettistes du « Philhar » revêtait un pancho couleur locale pour jouer Santa Cruz de Pacairigua du vénézuélien . C’est cette manière de Mambo, très ensoleillé et festif, dans la grande tradition populaire des musiques sud-américaines, qui bouclait le premier concert, sans grand frisson d’ailleurs, du festival de la création sonore.

Photo : Manuel López Gómez (c) Radio France DR