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100 miniatures ou la poésie du quotidien

Philippe Minyana et poétisent le quotidien dans 100 miniatures, un mélodrame lyrique au Vingtième Théâtre.

C’est la complainte d’un jour ordinaire, avec sa routine, ses galères, ses obsessions, ses extases furtives et ses abominations, qui trame le propos des 100 miniatures imaginées par Philippe Minyana et mises en musique par , avec pour la mise en scène: une manière d’Arte povera entre légèreté et gravité, qui poétise le quotidien et enchante le spectacle.

Sur scène, quatre box avec des portes ouvertes (d’où nous parvient le son du violon, de l’accordéon et de la guitare) et quatre fenêtres ouvrant sur l’extérieur constituent le décor unique, celui de Thibaut Fack qui invoque les tableaux de Hopper et Vermeer, avec « ces gens à la fenêtres » dans une attente énigmatique. Avec de la gouaille et du répondant, les quatre personnages, le plus souvent isolés dans leur coin respectif, vont enchaîner les cent « micro-nouvelles » dans une spirale infernale où se côtoient l’humour et la dérision, l’absurde et le tragique, le trivial et le poétique: les mots claquent, s’entrechoquent, ricochent avec une verve irrésistible et opèrent des retours, sortes de refrains qui rythment la trajectoire.

Installé à jardin, est un véritable homme orchestre, omniprésent avec ses quatre claviers (piano droit, piano jouet, célesta, synthétiseur) et ses petites percussions. Il règle le défilement des cent « brèves », les ponctuant systématiquement d’un petit tour de crécelle. Les stratégies abondent dans la partition de Bruno Gillet pour moduler le temps de la parole, diversifier les comportements vocaux et instiller une musique, « discrète et modeste », dans l’univers théâtral. Le texte est parfois entendu dans le silence, ou plus souvent souligné par quelques tenues suggestives (l’accordéon), quelques motifs en boucles (le violon, la guitare) et autres petits fredons et rengaines très elliptiques du piano, façon mélodrame. Les personnages ne chantent vraiment qu’à quatre, voix collective par laquelle passe toujours le texte en en suspendant le temps… ou en le resserrant quand il s’agit de donner des recettes de cuisine ralliant tout notre petit monde. La performance des quatre comédiens-chanteurs, , , et Eléonore Pancrazi est éblouissante, qui laisse toujours poindre l’humour en filigrane. Celle des quatre musiciens ne l’est pas moins, donnant à entendre une musique à l’exacte mesure de cette tragi-comédie domestique autant que poétique.

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