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Création mondiale de Bruno Ducol par la Maîtrise de Radio France

Sur le plateau de l’Auditorium, le choeur et la se relayaient ou fusionnaient au sein d’un programme éclectique, tant profane que religieux, où s’inscrivait une création très attendue de , A l’orient de tout.

Pour cette commande de et de la , à qui l’oeuvre est dédiée, s’approprie les textes du poète sino-français François Cheng et conçoit une partition pour trois choeurs d’enfants.

C’est le chef invité , directeur de la musique chorale de l’église Saint-Jacob de Stockholm, qui était ce soir à la tête du Choeur de Radio France. Il ouvrait la soirée dans la ferveur et la plénitude sonore avec un Credo du compositeur suédois . Les voix de la Maitrise nous parvenaient ensuite du fond de la salle, invitées par à une improvisation collective sur les mélodies du Veni sancte spiritus et de Adoro te devote. La chose est assez rare en concert mais ardemment défendue par le chef suédois qui donnait à entendre un effet de spatialisation étrange sinon convainquant. La Maîtrise reprenait ses marques sous le geste énergique de dans A Jubilant Song de , une oeuvre vivifiante et lumineuse, vraisemblablement inscrite au répertoire du choeur et superbement servie par les jeunes voix.

L’écriture inventive et magnifiquement ciselée de Bruno Ducol dans A l’orient de tout, un bijou assurément  qui commence par le souffle, avait de quoi les surprendre. C’est du « qi » (énergie primordiale selon la pensée taoïste) dont il est question dans le premier (Si le veut ton souffle) des cinq poèmes de François Cheng retenus par le compositeur. Avec les trois choeurs convoqués, Ducol opère une véritable orchestration des voix d’enfants (incluant des parties solistes) avec des plans sonores différents où viennent s’inscrire les mots, pris en écho ou diffractés dans l’espace des voix. Exploité dans sa valeur sens autant que dans sa dimension sonore, le texte est centre et présence dans la musique de Bruno Ducol. On y reconnaît les intonations glissées et la manière flexible et sensuelle de conduire les voix, chères au compositeur de Li Po. Ducol excelle dans le rendu des reflets lunaires du troisième poème (Cette lune sur l’eau) où l’ondoiement délicat des voix se colore de sifflet plus minéral. L’écriture exigeante est magnifiquement assumée par les voix de la Maîtrise et la conduite très sûre de Sofi Jeannin, maître d’oeuvre d’une exécution sans faille.

Après le Salve regina de , page intimiste et retenue, d’une grande sensibilité dans l’interprétation des mêmes maîtrisiens, le choeur de Radio France réinvestissait la scène pour chanter la Messe de écrite pour double choeur a cappella. Oeuvre puissante et très personnelle, dans l’écriture chorale comme dans le traitement des mots du rituel, la Messe est écrite de 1922 à 1925 par un compositeur qui voulait avant tout « exprimer sa foi et convaincre ». Le Choeur de Radio France galvanisé par la direction très investie de , force l’admiration par l’homogénéité de ses pupitres et la ductilité des timbres entendus ce soir dans toute la gamme de leurs nuances.
Une dernière courte page du compositeur américain , réunissant les deux formations, terminait tout en douceur et couleurs fondues, voix de Radio France, fort bien sonnant dans l’acoustique généreuse de l’auditorium.

Crédit photographique : Bruno Ducol © DR

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