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La Guerre des théâtres ou la naissance de l’opéra-comique

Pour son tricentenaire, l’Opéra Comique donne une représentation unique de La Guerre des théâtres, un spectacle racontant le contexte dans lequel est né l’opéra-comique au début du XVIIIe siècle, sur la trame de La Matrone d’Ephèse.

La matrone d’Ephèse de Fuzelier est l’un des tout premiers opéras-comiques, c’est-à-dire une comédie en vaudevilles : une veuve décide de se laisser mourir dans le tombeau de son mari, mais Arlequin va la ramener à la vie par des stratagèmes invraisemblables. Notre spectacle y insère des épisodes sur l’opposition des institutions (la Comédie-Française et l’Opéra) aux théâtres de la Foire.

Il existe de nombreuses pièces du répertoire forain mettant en scène des allégories de théâtres (La querelle des théâtres, L’Opéra-Comique assiégé, Les funérailles de la Foire…). C’est dans cette tradition que sont jouées les interdictions qui viennent empêcher le déroulement de l’histoire de la Matrone. D’abord, les acteurs parlent, puis la Comédie-Française (symbolisée par un costume et une perruque chargés, rôle que assume royalement) arrive furieuse pour interdire les dialogues, avec une savoureuse parodie des alexandrins de Phèdre. Ils sont alors réduits au monologue, puis à la pantomime (car interdits de parler) ; quand l’Opéra leur défend de chanter, ils inventent les écriteaux, dont le public, comme à l’époque, est invité à chanter les paroles ; quand la Comédie-Française interdit les acteurs, ils donnent une scène de marionnettes. Enfin les forains doivent trouver l’argent pour payer une redevance à l’Opéra (notons les vocalises croustillantes sur le mot « redevance » interprétées par  ; et, fait imprévu, le public jette des pièces sur scène en guise de contribution !), ce qui leur permet d’aboutir à l’invention de l’opéra-comique et de terminer la pétillante histoire de la Matrone en opéra-comique, donc en vaudevilles.

Avant le spectacle, dans le foyer, , grande spécialiste en la matière, a expliqué le contexte de l’époque, puis, a fait répéter quelques vaudevilles à de nombreux curieux, de telle sorte que le public a vigoureusement participé à la scène des écriteaux.

Arlequin est brillamment interprété par dans la pure tradition de celui du Piccolo Teatro de Strehler ; il improvise tantôt en français, tantôt en italien, tout en faisant le lien entre les séquences de l’histoire de la Matrone (), dont le jeu faussement tragique ravit la salle. Pierrot ne porte pas le costume typique mais se reconnaît immédiatement à sa balourdise physique et morale caractéristiques, dans lesquels s’avère excellent, et contraste plaisamment avec la vivacité d’Arlequin.

La scène des marionnettes qui présente Polichinelle se moquant, avec un irrespect magistral, d’un tragédien de la Comédie-Française et d’une vieille chanteuse de l’Opéra, est jouée sur un théâtre improvisé : le tombeau du mari de la matrone transformé en castelet. et manipulent allègrement les marionnettes, comme dans la parodie Hippolyte et Aricie ou la belle-mère amoureuse.

Le spectacle permet d’entendre de nombreux vaudevilles de l’époque, harmonisés avec variété et humour par les Lunaisiens. On savoure aussi des extraits de cantates de Racot de Grandval (La matrone d’Éphèse), de Stuck, de Clérambault, la tempête d’Alcyone et les Tambourins de Rameau (qui a composé pour la Foire). L’ouverture est empruntée à l’Alceste de Lully, le « charivari » des Amours de Ragonde de Mouret sert de finale très enlevé. Bref, un spectacle dynamique et réjouissant qu’on espère revoir en tournée.

Crédits photographiques : La Comédie-Française © DR ; les chanteurs, les comédiens et les musiciens © DR