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Avec Mariss Jansons, Pétrouchka bondit

Plutôt que pour un concerto de Brahms un peu frustrant, c’est Stravinsky qui triomphe dans le dernier concert de à Munich pour cette saison.

On ne va pas voir l’orchestre de la Radio Bavaroise, a fortiori quand il est dirigé par son chef titulaire, pour l’originalité de ses programmes, mais pour la haute qualité attendue des interprétations qu’il propose. Pour le dernier programme proposé par cette saison, le pacte est respecté : le concerto de Brahms est de ces œuvres qu’on entend bon gré mal gré souvent plusieurs fois par saison, mais la lassitude ne gagne qu’en cas de mauvais concert. Ce n’est naturellement pas le cas ici, même si l’inspiration n’est pas tout à fait aussi haute que pour un autre concerto de Brahms d’il y a quelques mois. est moins souverain qu’à l’accoutumée : est-ce lui qui a demandé ces tempos qui nous ont semblé souvent trop rapides ? Ils ne l’avantagent en tout cas pas, comme s’il manquait de temps pour réaliser ses intentions, et certains notes passent à la trappe dans les passages rapides ; dans les parties les plus lyriques à l’inverse, on retrouve le timbre chaleureux et tranchant et l’intense poésie qui font de lui l’un des meilleures violonistes du monde, de même que dans l’inévitable Bach donné en bis, et on ne peut que regretter que tout le concerto n’ait pas eu le même traitement.

Après l’entracte, c’est au contraire une interprétation modèle de Pétrouchka qui attend les spectateurs, ce chef-d’œuvre si immédiatement séduisant qu’on en vient parfois à oublier un peu l’extraordinaire liberté créatrice qui est ici à l’œuvre. Mariss Jansons use avec gourmandise des audaces ludiques de la partition, et lui, le chef d’opéra frustré, fait son miel de tous les ressorts théâtraux que lui offre Stravinsky, même dans cette version de 1947. Naturellement, Pétrouchka est une de ces œuvres qui font briller les qualités individuelles des solistes de l’orchestre, et ils s’en sont donnés à cœur joie, d’autant plus que Mariss Jansons, assumant parfaitement la logique de collage, de patchwork, qui est propre à la partition, semble leur laisser une grande marge d’expression individuelle. Et l’humour est là à chaque instant : il faut espérer que le dynamique label discographique de l’orchestre ne laissera pas passer ce bijou.

Crédits photographiques :  BR/Astrid Ackermann