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L’ensemble 2e2m à l’heure de la jeune création italienne

L’Institut culturel italien recevait l’ et son compositeur en résidence pour un concert-focus sur la jeune création italienne, invitant en soliste la soprano et l’accordéoniste .

De (cf nos chroniques Resmusica du 23-II et 9-III 2015), pour ouvrir et refermer ce concert sans entracte, nous entendions les deux Esercizii di Pazzia (Exercices de folie) où les exécutants délaissent la lutherie traditionnelle pour jouer avec des ballons ou avec leur partition, voire avec leur propre corps.

Esercizio di Pazzia I pour six musiciens et ballons de baudruche (2012) est une pièce dirigée car strictement écrite, mesurée et inscrite sur une pulsation régulière. Dans cette oeuvre à entendre autant qu’à voir – la forme et la couleur des ballons, le geste expert de l’exécutant… – le corps sonore est éprouvé dans toutes ses dimensions (claquement, gonflement, sifflement, râle, couinement…) et ses gammes bruitistes jusqu’à rendre l’âme dans des éclats intempestifs: on est séduit par la finesse de l’articulation et l’imagination joueuse du compositeur faisant naître d’étranges polyphonies.

Dans Esercizio di Pazzia II pour six exécutants (2014), c’est la partition elle-même qui se fait entendre, sous l’action du geste, toujours mesuré et néanmoins énergique, des personnages qui tournent les pages, font frissonner le papier ou le font vibrer sous leurs lèvres. se joint à ses musiciens pour participer à cette action sonore à la Kagel, qui tourne ici au psychodrame.

Comme le piano chez Filidei, l’accordéon dans Interno rosso con figure II de est zoomorphe, qui souffle, halète, ronfle, renifle. La compositrice procède à une exploration microphonique du corps de l’instrument dont elle veut extraire tous les «borborygmes ». Elle tresse alors les sons de l’accordéon avec ceux de l’électronique pour créer une fantasmagorie sonore des plus étonnante. , magicien du son – qui inaugurait ce soir un instrument flambant neuf – et aux manettes du dispositif électronique étaient les maîtres d’oeuvre de cette illusion acoustique.
La soprano et le contrebassiste Tanguy Menez conjuguaient ensuite leur énergie pour donner Hard Workin’Woman de , une pièce aussi courte que fervente dédiée à trois femmes dont la compositrice veut conserver la mémoire. Le chant à pleine voix, avec l’intensité et la couleur que lui confère la voix solaire de la soprano, captive l’écoute. Il est rythmé par le mouvement mécanique, bruitiste et inéluctable, de la contrebasse.

Si Hortense de , sorte d’anamorphose d’un madrigal de pour trio à cordes, ne convainc pas pleinement, Dalla pietra sur des poèmes de Michelangelo Buonarroti du même compositeur italien séduit bien d’avantage. C’est une musique de l’effacement, aux textures fragiles, qui est écrite « dans le temps ralenti des souvenirs ». Elle mixe avec bonheur les sonorités du trio à cordes et de l’accordéon. La voix délicate de Shigeko Hata vient quant à elle s’inscrire de manière discrète au sein d’un univers poétique autant que sensible auquel contribuaient les musiciens de 2e2m sous le geste toujours très ciselé de .

Crédit photographique : Pierre Roullier © Elie Kongs