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Le festival de Pâques de Deauville, une pépinière de jeunes talents

Le festival de Deauville poursuit depuis près de vingt ans son entreprise de découverte des musiciens français les plus prometteurs, auxquels se joignent affectueusement les grands interprètes déjà reconnus. Une programmation exemplaire d’audace et d’intelligence.

Depuis maintenant dix-neuf ans, le festival de Pâques de Deauville fournit l’occasion d’entendre les jeunes talents français les plus prometteurs à l’orée de leur carrière dans le cadre de la superbe salle Elie de Brignac. Par fidélité leurs ainés reviennent aussi régulièrement à l’invitation de l’enthousiaste Yves Petit de Voize, directeur artistique et âme passionnée du festival. Pour conclure en beauté cette 19e édition, le programme entièrement slave associait, suivant les principes récurrents de la programmation, une grande page méconnue, une incursion dans le XXe siècle et un chef d’oeuvre consacré.

Les jeunes archets emmenés par Amaury Coeytaux ouvraient le bal avec le splendide quintette opus 77  avec contrebasse de Dvorak, malheureusement sans inclure le ravissant  Nocturne qui figurait dans la première rédaction de l’oeuvre ; sans chercher à rivaliser avec les interprétations tchèques, leur inimitable splendeur de timbres et leur sens inné du rythme, les Français choisissaient une approche à la fois classique et brillante, digne de Mendelssohn ou du premier romantisme, plus élégante que rustique mais au résultat littéralement euphorisant.

Restant en Tchèquie, le duo de pianos formé par Ismaël Margain, révélation du concours Long-Thibaud-Crespin de 2012, et le talentueux Guillaume Bellom se lançait ensuite dans la rarissime fantaisie de Martinu, certainement pas son chef d’oeuvre; une page dont le motorisme forcené doit certes à Stravinsky mais qui manque de la sensualité propre au maître tchèque. On admire la cohésion et l’entente manifeste des deux jeunes pianistes comme leur virtuosité transcendante, mais on aimerait les retrouver dans un répertoire plus substantiel. Une narquoise danse tchèque du même Martinu nous réconciliait avec sa musique, avant une valse de Brahms en bis infiniment séduisante.

Plat de résistance, l’immense trio de Tchaikovsky mit du temps à trouver son équilibre; d’emblée, le contraste entre le piano réservé de Guillaume Vincent et le violon à l’inverse excessivement démonstratif d’Alexandra Soumm donnait un résultat hétérogène. Ce fut au violoncelle de François Salque d’assurer progressivement l’articulation et la cohérence de l’ensemble; c’est dans le grand cycle de variations qui fait office de second et dernier mouvement que l’harmonie entre les trois musiciens étaient enfin trouvée, portant ce trio « à la mémoire d’un grand artiste » à sa bouleversante intensité.

On attend désormais avec impatience la 20e édition de ce festival qui devrait être un véritable feu d’artifice réunissant les interprètes désormais reconnus et les jeunes pousses les plus prometteuses qu’Yves Petit de Voize sait reconnaître et promouvoir avec un flair infaillible.

Crédits photographiques : © Claude Doaré

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