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Clôture du Festival Extension : entre nature et artifice

Du jeu quasi bruiteux des instruments baroques dans la musique imitative d' (concert 1) à la guitare électrique et tapageuse du tout jeune : tel était l'itinéraire aventureux de la très belle soirée conçue par l' et pour clore le Festival Extension.

Le programme incluait la très étonnante Aspern Suite de (concert 2) précédant deux pièces de qui poursuit sa résidence à l'.

Violoniste virtuose et compositeur très inventif fixé à Salzbourg dans la deuxième moitié du XVIIème siècle, semble préfigurer l'approche écologique d'un Sciarrino, ou d'un Filidei, avec sa Sonata representativa où il nous met à l'écoute du rossignol, du coucou, de la grenouille, de la poule et du coq… (annoncés par les instrumentistes) avant de convoquer une marche de mousquetaires, le tout relié par l'élégante arabesque baroque. Ce sont autant de modes de jeu (sur le chevalet, glissades, notes détempérées, avec le bois de l'archet…) exigés par le compositeur pour faire surgir ce monde animalier (ou militaire) sur les instruments baroques: le violon aérien et très suggestif de et le somptueux continuo, assuré par au clavecin, au violoncelle et au théorbe, servait au mieux cette musique originale et rafraîchissante.

On ne quittait pas la nature ni les oiseaux dans Aspern Suite pour soprano et ensemble de dont l'écriture se fait ici imitation d'imitation. Oeuvre d'envergure en huit mouvements, elle tire son titre du roman d'Henry James The Aspern Papers et s'appuie très étrangement sur des extraits du livret des Noces de Figaro écrit par Da Ponte. Toute sciarrinesque et très sollicitée, la voix fragile et pure d'Élise Chauvin épouse idéalement la ligne mélodique fantasque et pulsionnelle qui parfois prend les contours d'une canzona ou d'un air plus conventionnel. Quant à l'univers instrumental, sollicitant par intermittence le frémissement léger du clavecin, il fait naître la rumeur des espaces: fluctuations éoliennes des flûtes, souffles et crissements furtifs, grouillement infini de sonorités microscopiques sur le vrombissement délicat de la lame à tonnerre ou de la timbale sur laquelle résonne une cymbale. L'atmosphère est baignée de mystère mais n'exclut pas certains gestes plus véhéments et tensions soudaines exprimées à l'alto et au violoncelle. Dans une concentration de tous les instants, et son ensemble détaillaient cette gamme infinie de silences et de timbres pour nous faire pénétrer dans la dramaturgie secrète du compositeur sicilien.

Il y a également des oiseaux et des appeaux dans le Concertino di Aix (2009) de . Au centre de la scène et faisant face à l'ensemble instrumental, tient la partie de piano, plus chorégraphique que sonore, de cette partition concise et toujours inventive. Dans une première partie truculente et essentiellement bruitée, le piano, frotté, percuté, balayé par les mains du pianiste, est totalement détourné de sa fonction traditionnelle. Il la retrouve dans le second mouvement où notre interprète fait naître une onde résonnante autour d'un « la » insistant donné par les instrumentistes à vent. Le dernier mouvement est plus agité et très coloré par l'utilisation des appeaux que les musiciens de 2e2m manient désormais avec une dextérité certaine. Réitérant ses « gestes-sons » avec toujours beaucoup d'élégance, le pianiste participe de cet univers très bucolique et écologique.

Se substituant à l'oeuvre en création de précédemment annoncée, Esercizio di pazzia 2 pour quatre exécutants, du même compositeur pisan, était redonnée (cf notre chronique du 21 avril) avec les infimes variations qu'une telle performance fait advenir d'une exécution à l'autre.

Il fallait un certain aplomb et une bonne dose d'adrénaline à pour affronter à son tour, seul avec sa guitare et son ampli, un public pas forcément acquis à la cause électrique. Mais force est de constater que ce jeune trublion de la guitare a su surprendre et captiver son auditoire avec Acapulco; en dégageant une énergie phénoménale et un « excès de jeu » qui éblouit: effets de manche (celui de la guitare), frotté, percuté et vibré, virtuosité étonnante des pieds (commandant les pédales d'effets), fulgurance du geste modelant le son et accusant les contrastes. Véritable bête de scène, donnait une intensité prodigieuse et insolite à cette performance assistée par la technique Muse en circuit.

Crédit photographique : (c) 2e2m; Julien Desprez (c) SanBo

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