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Yannick Nézet-Séguin en tournée avec le Philadelphia Orchestra

Au cœur d’une longue tournée européenne, partagée essentiellement avec Lisa Batiashvili, au violon et au piano, l’Orchestre de Philadelphie emmené par son chef en titre passait par le Théâtre des Champs-Elysées pour un concert au programme classique quoique presque inversé dans son déroulement, à l’énergie réjouissante.

Si, habituellement, l’ordre d’un concert est ouverture – concerto – symphonie, on nous en a inversé les priorités ce soir, offrant la Symphonie n°3 de Brahms (et son pianissimo final !) avant l’entracte, le concerto et la Suite du Chevalier à la rose en seconde partie, finissant ainsi le concert sur une note plus virevoltante. Comme quelques jours plus tôt à la Philharmonie avec Iván Fischer, la soirée débuta par les deux premiers accords de l’Allegro con brio brahmsien, plus franchement et puissamment attaqués par que par son homologue hongrois, lançant aussitôt avec une énergie palpable le reste du mouvement. A vrai dire ces deux versions données à quelques jours d’écart étaient presque opposées ou complémentaires, le canadien nous donnant, en particulier dans les deux mouvements extrêmes, l’énergie, l’ampleur, la puissance qui nous manquait avec le chef hongrois, mais nous sembla moins inspiré dans les mouvements médians où Fischer fut plus constant. Mais, en dehors de ce petit creux intermédiaire, on a rarement entendu ces derniers temps avec une telle plénitude toute l’énergie de cette musique, avec un chef mordant à pleine dents, sans trembler, dans cette partition.

Idem avec le Concerto pour piano n°3 de Beethoven qui fit plaisir à entendre car, lui aussi, joué à pleine dents, avec une gourmandise énergétique qui fit tant défaut aux autres concertos récemment entendu (Buchbinder, Tharaud, Lupu). Enfin nous nous sommes nous dit, des musiciens qui jouent pour 1900 auditeurs et pas seulement pour ceux qui avaient les oreilles collées au piano, tout en restant parfaitement musical. On le sait, le chef canadien est très à son aise dans ce style de jeu, sa récente Symphonie n°5 de Tchaïkovski ici même avec Rotterdam était traversée d’une folle animation quitte à tirer à hue et à dia et sacrifier parfois l’élégance au panache. Ce soir il fut suivi, ou accompagné, comme son ombre par qui avait les moyens digitaux nécessaires pour emporter le morceau sans jamais perdre de vue la souveraine élégance du phrasé beethovénien. Une interprétation totalement réussie et exemplaire dans ce style direct et puissant au panache évident. Pour remercier un public enthousiaste, le chef annonça, non un bis mais « un trou normand avant les valses du Chevalier à la rose » avec une valse de Brahms jouée à quatre mains.

Si, à notre humble avis, cette suite extraite du Chevalier à la rose n’en demandait pas tant, elle est devenue un des tubes de cette saison puisque c’est la troisième fois qu’elle y retentit (Järvi, New York). Si elle fut, comme les autres, en déficit de sensualité (difficile d’imaginer à son début deux amants au torride sommet de leur dernière nuit d’amour), elle fut assez bien troussée et toujours vigoureusement animée, mais moins ludique que celle de Jarvi et céda en pure qualité instrumentale derrière l’exceptionnelle performance du New York Philharmonic. Et c’est peut-être là le seul point faible de cette soirée, un aux cordes de niveau international, mais des vents moins séduisants, bien en deçà des new-yorkais où tous les pupitres furent éblouissants.

Crédit photographique :  ©  Marco Borggreve