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Un ballo in maschera à Metz, nouveau triomphe pour Jean-François Borras

Dans une une mise en scène moyennement convaincante, le ténor Jean-François Borras s’affirme comme un Riccardo d’exception. Fin de saison en demi-teintes, donc, pour l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole.

Toute nouvelle production du Bal masqué de Verdi se doit d’abord de faire le choix entre la version dite « suédoise » de l’œuvre, celle qui met en scène le roi assassiné Gustave III, et la version « américaine » située dans la Boston du dix-septième siècle. Si le texte chanté lors des représentations messines faisait bien référence à la deuxième, avec ses allusions assez pointues au contexte historique lié à la colonisation de l’Amérique par l’Angleterre, c’est bien dans les États-Unis des années 50-60, période marquée par toutes formes d’intrigues, de trahison et de corruption, que Paul-Émile Fourny situe sa mise en scène de l’opéra de Verdi, en coproduction avec le Théâtre Orchestre Bienne Soleure. Le parallèle entre le meurtre de Riccardo et l’assassinat de JFK figure en toile de fond de cette lecture même si, fort heureusement, il est surtout suggéré par le climat esthétique – costumes, intérieurs – et par le contexte sociétal dans lequel baigne cette relecture. Les décors s’inspirent ainsi des bandes dessinées de l’époque, de même que le spectateur pourra reconnaître certaines scènes de films cultes (Sin City, Les noces rebelles, Tueur à gages, Eyes Wide Shut, etc.). Dans cet esprit, la scène d’Ulrica se déroule dans quelque tripot fréquenté par un monde interlope bien peu recommandable ; on y reconnaîtra aussi bien des agents du Ku Klux Klan que des adeptes de parties fines. Le deuxième acte – on s’y attendait – se passe dans un bas-fond citadin dans lequel Amelia se fait malmener par deux dealers en mal de devises ; plus tard, elle sera la victime d’un fétichiste qui renifle ses chaussures. Si les deux premiers actes sont irrémédiablement gâchés par cet inutile encombrement, qui finalement ne fait que diversion, le spectacle finit par trouver un rythme au troisième, quand la sphère du privé l’emporte sur les aspects publics de l’œuvre. On se plaira au passage à noter le parallèle troublant entre la robe rouge vif d’Amelia, vue comme l’épouse coupable, et la lettre écarlate de Hester Prynne, l’héroïne bostonienne du roman The Scarlet Letter de Nathaniel Hawthorne. L’émotion sincère du drame privé aura fini par l’emporter sur les turpitudes qui entourent la vie et l’action d’un personnage public dont la mise en scène aura souligné – et c’est là un de ses mérites – un certain nombre de ses ambiguïtés.

Si la mise en scène laisse donc une impression plutôt mitigée, la partie musicale donne davantage de satisfactions. On saluera tout d’abord le remarque travail effectué par le chef Roberto Rizzi Brignoli sur la partie orchestrale, dont on aura pour une fois – car ce n’est pas toujours le cas chez Verdi, et notamment pour Un ballo in maschera – perçu l’extrême raffinement. La fusion des deux chœurs de Metz et de Nancy aura elle aussi produit le meilleur effet, en dépit d’un démarrage légèrement chaotique.

Au niveau des solistes la palme revient évidemment au chanteur français Jean-François Borras. Doté d’un ravissant ténor lyrique au délicieux vibratello qui pourrait presque rappeler Pavarotti à ses débuts, il brille tout particulièrement par la souplesse de sa ligne, l’élégance de ses phrasés et le rayonnement de ses aigus. Prions pour que cet instrument tombé du ciel, rompu à une technique exemplaire et servi par une musicalité exquise, ne se détériore pas dans les années à venir par des prises de rôle inopportunes. À l’heure actuelle, le rôle de Riccardo, prisé par des interprètes au format vocal plus imposant, est tout juste à la limite de ses moyens. Aux côtés d’une voix aussi solaire, les autres solistes avaient évidemment du mal à tirer leur épingle du jeu. On saluera cependant les honnêtes prestations de Jordanka Milkova, plus mezzo que contralto en Ulrica, ou encore de Clara Meloni, Oscar moins acidulé que d’habitude. Chez les messieurs, on notera le chic et la belle diction du baryton Michele Govi, beau musicien aux moyens cependant limités pour Renato. Disposant elle aussi de moyens modestes pour un rôle vocalement éprouvant, la soprano Francesca Tiburzi fait valoir un bel engagement dramatique et musical.

Un environnement assez terne, donc, pour un ténor d’exception sans doute promis à la plus brillante des carrières.

Crédit photographique : Michele Govi, Carlos Esquivel et Daniel Mauerhofer (photo n°1), Francesca Tiburzi et Jean-François Borras (photo n° 2) © Williams Bonbon – Metz Métropole

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