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L’adieu du maestro Chung à la maison de la Radio

a donné, en tant que directeur musical du « Philhar », son dernier concert à domicile.

Le public est venu en nombre pour saluer le chef qui, pendant quinze années, a dirigé l’, et l’a accompagné dans sa progression vers la haute qualité musicale que nous lui connaissons aujourd’hui. Ovations, fleurs, discours, enthousiasme des musiciens et de la salle, tous les signes visibles de la reconnaissance ont succédé à presque deux heures de musique haletante et inspirée.

Certes, l’on ressent, dans le concerto de Bruch, une légère frustration. , malgré un entrain manifeste, n’est pas entré dans tous les détails de la partition, et s’est contenté d’approcher la justesse, sans toujours l’atteindre. Pour autant, derrière lui, on entend déjà l’orchestre bouillir ; toutes ses interventions sont remarquables. Les cordes ont une texture plus chaude que jamais, renforcée par un pupitre de violoncelles particulièrement en verve.

Le point culminant du concert est atteint, à n’en point douter, dans les deux premiers mouvements de la Cinquième de Mahler. Le grand programme symphonique s’ébauche, et tout implicite qu’il soit, il parle à l’imagination. L’appel de la trompette solo, au début de la « Trauermarsch », transporte l’âme, instantanément, dans des abîmes de résignation – laissant présager aussi de la qualité des interventions des cuivres, eux qui sont tellement mis à contribution dans la suite de l’œuvre. Pour le reste, l’Adagietto tient ses promesses. Seul le Finale a pu paraître long ; c’est que, certainement, les proportions de la symphonie exigent qu’on l’exécute avec un regain d’inventivité, par égards pour un auditoire déjà rassasié d’impressions.

À l’issue du concert, , généreusement applaudi, et félicité par Mathieu Gallet en personne (seul instant de la soirée, peut-être, où une pointe de tension fut palpable), a pris la parole, expliquant ce que la musique représente pour lui ; à savoir, dans l’ordre : une expérience humaine, une émotion esthétique, et – en référence à sa nationalité coréenne – un geste patriotique. Puisse Mikko Franck, son successeur, hériter d’une telle sagesse, et mériter à son tour les faveurs du monde musical.

Crédit photographique : © Jean-François Leclercq