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À Turin, Maria Agresta superbe Norma

Cette production de Norma de Bellini, créée en 2002, reprise en 2012, offre le rôle-titre à .

Avec son interprétation, la soprano sicilienne se taille un succès à la hauteur d’une prestation d’exception. La formidable qualité vocale du plateau féminin a soulevé l’enthousiasme du public, qui a ovationné les artistes pendant de longues minutes.

Pour le lyricomane, Norma c’est Callas ou Sutherland. Callas pour la tragédienne, Sutherland pour la voix. Alors, quand un théâtre lyrique propose Norma, on accourt. Pas nécessairement dans l’espoir d’y découvrir la nouvelle Callas, mais parce que, si l’intrigue peine à fasciner, la musique de Bellini opère son étreinte émotionnelle, quand bien même parfois elle manque de finesse. On l’aura compris, c’est pour le chant, le beau chant que Norma reste parmi les plus grands opéras du répertoire.

Le spectateur du Teatro Regio est gâté avec l’admirable prestation de (Norma). Si ses débuts, avec le fameux « Casta Diva », ne sont pas transcendants, la soprano se reprend et, au fur et à mesure de l’avancée de la partition, montre ses merveilleuses capacités vocales. Dominant son instrument avec une aisance déconcertante, elle offre une interprétation d’une qualité exceptionnelle. Sans jamais baisser d’intensité artistique, sa voix d’une souplesse extrême distille à volonté des pianissimi du registre aigu d’un frémissement magnifique. Depuis ses déjà remarquables I Vespri Siciliani de mars 2011 à Turin et La Bohème de mars 2012 à Turin et de mars 2014 à Paris, la voix de Maria Agresta a gagné en puissance et en autorité. Une autorité vocale qui la désigne sans doute comme la voix de référence pour le rôle-titre de Norma.

A ses côtés, Maria Agresta peut compter sur la présence électrisante d’une (Adalgisa) en grande forme vocale. La mezzo romaine réussit à faire vivre comme rarement un personnage souvent étouffé par la forte personnalité du rôle-titre. Ici, s’élève à la hauteur de sa rivale et collègue en déployant une vocalité puissante alliée à un legato magnifique. Bonne comédienne, elle habite son personnage avec beaucoup de charisme.

Le ténor (Pollione) nous laisse sur notre faim. Il chante tout à pleine voix laissant de côté les nuances qu’on peut attendre de ce personnage. Poussant sa voix à ses limites, avec des aigus tendus et des émissions parfois nasales, il se décale avec l’orchestre avec d’étonnants rallentandos à chacun de ses aigus. Bien en place, (Oroveso) et Samantha Korbey (Clotilde).


Comme dans nombre d’opéras belcantistes, l’intrigue de Norma est loin d’être captivante. Dès les premières scènes, on découvre l’infidélité de Pollione vis-à-vis de Norma pour la jeune Adalgisa. Tout l’opéra s’articule alors autour de cette trahison amoureuse. Ce ne sont alors que longs monologues, dialogues et autres discussions pour tenter de sauver avec véhémence, qui son honneur, qui son amour, qui ses enfants.

Devant cette absence d’actions propres à créer des renversements de situation, le théâtre, la mise en scène ne peuvent que se limiter à une suite de tableaux qui, pour pallier cet immobilisme, se doivent d’être spectaculairement grandioses. C’est en substance ce que montre le metteur en scène . Dans un décor (William Orlandi) austère de plaques de pierres glissant comme des rideaux de scène, et des costumes ingrats, on pénètre un peu dans le monde d’ « Astérix chez les Gaulois ». Certes, l’action se passe chez les Celtes, aux alentours du 4e siècle de notre ère, mais faisait-il si froid qu’on ne puisse habiller les soldats autrement qu’avec d’affreuses fripes laineuses ? De même, si ces peuplades n’avaient pas notre confort, devaient-elles pour autant n’avoir que des cailloux pour s’asseoir ou dormir ? Cependant, reconnaissons qu’ils possédaient un dolmen à roulettes permettant à Norma de passer du fond de scène au premier plan pour couper les branches de gui de sa serpe d’or en chantant « Casta Diva ».

Si mettre en scène le bel canto est une gageure, au moins devrait-on s’ingénier à correctement diriger les acteurs. Or dans cette reprise, Vittorio Borrelli semble s’être tenu à la lecture du script laissé par (décédé en 2005). Dès lors, les personnages ne sont guère investis. Les chanteurs sont abandonnés à leur éventuel talent d’acteurs. Pire, les mouvements de foule du chœur frisent le comique. Ainsi ces guerriers déambulant dans la pénombre s’apparentent plus à de pauvres hères cherchant désespérément la sortie qu’à des soldats se préparant à la bataille.

Dans la fosse, la baguette de déçoit quand, tirant un Orchestre du Teatro Regio aux ordres, il offre une ouverture tonitruante, et que, malgré quelques remarques ironiques sorties du public l’intimant de jouer un « poco più forte », il continuera dans l’exagération sonore jusqu’au second acte. Alors, il reprendra une direction plus modérée, plus en ligne avec le texte chanté. Aussi, le chœur, d’habitude excellent, se retrouve à plusieurs occasions en décalage avec l’orchestre.

Crédits photographiques : © Ramella&Giannese/Fondazione Teatro Regio di Torino

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