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Bach et ses concurrents par les Bach Players

Pour qui aime les comparaisons, ce double album permettra de confronter le grand Jean-Sébastien Bach à certains de ses confrères. Passionnant projet des Bach Players, même si l’interprétation n’est pas tout à fait à la hauteur de nos espérances.

L’idée que Bach ait pu avoir des « rivaux » paraît aujourd’hui incongrue. Qu’il ait eu des concurrents, et de taille, semble une évidence à l’écoute de ce double CD et à la lecture du passionnant texte qui l’accompagne. À côté de deux cantates de Bach voisinent donc sur cet enregistrement des pièces peu connues de Telemann, ainsi que du plus obscur .

Si cet album n’a pas pour vocation de remettre en cause les hiérarchies établies au cours des siècles, il permet néanmoins de mettre en perspective la construction, qui remonte au XIXe siècle, de la figure du maître absolu, patriarche indétrônable pour l’éternité. De manière à rendre les différents parallèles – mais aussi les contrastes – encore plus frappants, chacun de ces deux CD regroupe, de nos trois compositeurs, des œuvres connexes.

Sur le premier disque, on découvrira les pièces composées en vue de l’obtention du poste tant convoité de cantor de l’école Saint-Thomas de Leipzig. L’histoire nous rappelle que si Bach finit par avoir le poste, cela fut suite au refus de Telemann, ainsi qu’au fait que Graupner se soit fait signifier l’interdiction de quitter les fonctions qu’il occupait déjà…

Le second CD propose des cantates écrites par chacun de nos trois concurrents pour le dimanche de Pâque 1724, respectivement à Hambourg (Telemann), Darmstadt (Graupner) et Leipzig (Bach). L’écoute des deux CD, qu’il serait malavisé d’entendre dans le simple but d’établir une quelconque hiérarchie musicale, permet de faire le point sur la richesse stylistique des règles d’écriture de la cantate allemande de l’époque, genre musical hérité de l’Église luthérienne mais déjà très fortement marqué, en ces années 1720, des styles français et italien. Le premier se fait notamment remarquer dans les deux ouvertures qui séparent certaines cantates, le second dans la structure volontairement tripartie – ABA’– de certains airs.

L’interprétation des Bach Players est dans l’ensemble satisfaisante, même si elle n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur du projet. Sans doute aurait-on aimé entendre un chœur plus étoffé que ce que nous procure la réunion des quatre solistes. Parmi ces derniers, aucun ne démérite, même si l’on avoue une petite préférence pour la basse de . Les instrumentistes, parfaitement virtuoses, rendent justice à des œuvres dont la redécouverte permet de réorienter la vision parcellaire que nous avions de la cantate allemande du premier quart du XVIIIe siècle.