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Sonates de Boris Tishchenko par Nicolas Stavy

Avec Nicolas Stavy, les sonates pour piano de Boris Tishchenko passent à l’Ouest. Une étape essentielle pour sortir le compositeur d’une reconnaissance qui reste trop confidentielle hors de Russie. 

Boris Tishchenko était un maître dans le genre symphonique (lire notre portrait), mais la musique de chambre constitue une part importante de son imposant corpus, en particulier ses sonates pour piano qui ponctuent tout son parcours, de l’opus 3 pour la première jusqu’à l’opus 151 pour le onzième, sa dernière oeuvre achevée.

Nicolas Stavy s’attaque donc au massif Tishchenko par deux sonates de maturité, pièces virtuoses et représentatives de son auteur par leur larges dimensions et leur concentration. Tishchenko se définissait comme un compositeur essentiellement léningradois et les amateurs de l’ambiance particulière de Saint-Pétersbourg, où la haute culture russe et européenne se confrontent à l’immensité de la Néva et des climats sans concession (et pas seulement sur le plan météorologique), trouveront leur bonheur dans ces oeuvres.

La Sonate n°7 pour piano et grandes cloches, cloches tubulaires et glockenspiel, d’une durée de 40 minutes, composée en 1982, est une sonate de grande forme, où les cloches ont vocation à colorer le propos mais sans constituer un alter ego du piano. Solennelles et lugubres en ouverture, les grandes cloches se transforment au fil des mouvements et deviennent glockenspiel enfantin en conclusion, au terme d’un parcours puissamment architecturé, épuisant pour le pianiste mais qui sait ménager pauses et variété des climats pour maintenir l’attention du mélomane.

La Sonate n°8, composée en 1986 dure 30 minutes et ses climats sont plus variés et changeants. Dire que Tishchenko s’amuse dans cette oeuvre serait excessif, mais il y a moins de gravité, un lyrisme plus enjoué, et parfois on n’est pas loin de la musique de cinéma muet, et d’un âge d’or des années 20.

Dans les deux cas, on est dans du grand piano, et on comprend le choix de Nicolas Stavy – qui a beaucoup pratiqué Liszt – de se mesurer au compositeur russe. La concurrence discographique est limitée mais très qualitative et exclusivement russe, avec dans la n°7 Boris Tishchenko lui-même au piano (1 CD Northern Flowers), et Vladimir Polyakov dans la n°8 (2 CDs Compozitor Publishing House)- un pianiste dont le compositeur appréciait particulièrement les interprétations. Nicolas Stavy ne déclasse pas ces interprétations russissimes, sèches et nerveuses à souhait, mais il les acclimate à l’école occidentale, avec virtuosité, panache et souplesse.

La musique d’un compositeur n’étant réellement vivante que si elle est jouée, Nicolas Stavy fait passer la musique de Tishchenko à l’Ouest, à la fois sur le plan stylistique et géographique, en qualité SACD et sur le légendaire label Bis. Ce n’est en soi pas un mince mérite, et c’est encore mieux quand il y a une vraie adéquation entre musicien et compositeur, comme c’est le cas ici. Une aventure discographique dont on espère qu’elle aura une suite.

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