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Surprenant Monsieur de Pourceaugnac à Versailles 

Créée en 1669 à Chambord, la pièce Monsieur de Pourceaugnac des « deux Baptiste », et Lully a été recréée dans une nouvelle production au Théâtre de Caen en 2015, qui signe également la fin de vingt-cinq ans de collaboration entre et la région Basse-Normandie.

La pièce est une des célèbres comédies-ballets données pour le divertissement du Roi, et c'est naturellement qu'elle prend sa place, dans la tournée de cette production à l'Opéra Royal de Versailles. La musique y prend une place peut être moins présente et moins grandiloquente que dans le célèbre Bourgeois Gentilhomme, mais l'art est toujours subtil dans la façon dont les pièces musicales sont insérées, qu'elles soient des prétextes aux chants amoureux ou à l'ivresse d'une danse collective.

L'action est transposée dans un milieu populaire d'après-guerre, avec l'apparition des premiers engins motorisés un peu capricieux. Il n'y a pas forcément une différence culturelle importante entre le limousin Monsieur de Pourceaugnac et le couple d'amoureux parisiens constitué par Juliette et Eraste, alors que la pièce tient beaucoup sur cette disparité. Toutefois, la mise en espace, avec côté jardin l'orchestre qui s'installe et prend part à l'action parfois, autorise des moments un peu décalés (comme par exemple le moment où intervient dans le cadre du jeu). L'intrication de l'italianisme et des multiples personnages offrent des situations burlesques et plutôt drolatiques. Mais le rythme des deux heures de la pièce aurait mérité d'être un peu plus soutenu, et le jeu des comédiens un peu moins caricatural. Néanmoins, est absolument délicieux dans le rôle très bicéphale de Monsieur de Pourceaugnac, qui inspire à la fois la pitié face à sa crédulité et dans un autre temps une dimension pathétique. Également dans les instants suscitant une certaine hilarité, on retrouve la saveur des scènes avec les médecins qui ne sont pas sans rappeler les études de texte des pièces plus classiques de que chacun a étudié sur les bancs de l'école.

L'orchestre accompagne savamment l'ensemble, sans interruption dans l'action, et ce d'autant que les airs ne sont pas de simples ornements destinés à être brillants mais servant réellement l'action.

Une belle synthèse donc d'une œuvre mêlant musique, chant, danse et théâtre, mais dont la réalisation scénique pourrait être un peu moins à l'économie de moyens dramatiques.

Crédit photographique : © Brigitte Enguerand

 

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