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Un Barbier sixties à Clermont-Ferrand

Une nouvelle production d’Il barbiere di Siviglia par le Centre lyrique Clermont-Auvergne et l’Opéra nomade, l’occasion d’écouter les jeunes et .

Les sixties siéent bien au Barbier de Séville, qui se situe à une époque où les jeunes filles n’ont pas encore leur mot à dire, tout en commençant à montrer leurs griffes, et où les costumes sont aussi pimpants que la musique de Rossini !

De ce postulat, propose une mise en scène à la fois intelligente et vive. Dans un premier temps, le décor de Franck Aracil, qui représente la maison de Bartolo, transformée en une sorte de supérette où l’on retrouve tout le bric-à-brac des trente glorieuses, postes de radio, fers à repasser et autres inventions modernes, paraît bien lourd à gérer, et oblige les scènes de rue à se dérouler devant un rideau fermé. De plus, l’idée d’enfermer Rosine dans un poste de télévision géant pourrait faire craindre un certain statisme. Il n’en est rien, grâce à l’inventivité d’une direction d’acteur précise, habile, qui tire bon nombre de situations vers un burlesque de bon aloi.

Ce Barbier est aussi celui de l’économie, nécessité faisant loi. Le « chœur » est composé de quatre personnes, dont Fiorello. Le notaire disparaît, remplacé par Basilio, pour faire signer le contrat de mariage. Et tout cela fonctionne à la perfection, dans une mécanique parfaitement huilée. La réussite du spectacle tient aussi à une distribution jeune, fraîche et motivée. – dans sa casquette de directeur, en plus de metteur en scène – peut compter sur le concours international de Clermont-Ferrand pour dénicher de jeunes talents, et il a cette fois-ci frappé très fort.

, fille de Inge Dreisig – bon sang ne saurait mentir – récente lauréate du concours Neue Stimmen, nominée dans la catégorie « révélations artiste lyrique » des Victoires de la musique classique, en robe de vichy rose et coiffure choucroute à la Brigitte Bardot, est absolument radieuse. On n’est généralement pas fan des Rosina soprano, mais celle-ci, d’une belle musicalité, n’a rien d’un rossignol pépiant et ne tire pas ses variations dans des hauteurs stratosphériques. On aurait aimé la découvrir dans un rôle qui conviendrait mieux à sa tessiture, mais tel quel, c’est déjà un véritable bonheur.
En Figaro, , également vainqueur du concours de Clermont-Ferrand, a tout pour lui : une présence scénique indéniable, un phrasé à tomber, et des aigus conquérants. Ce baryton fait déjà une belle carrière dans son Ukraine natale. Il a tous les atouts d’une envergure internationale.
Très jeune aussi, campe un Basilio un peu inhabituel, beau garçon n’hésitant pas à retrousser sa soutane (doublée d’un fond rouge à pois) avec une fort jolie voix et des graves faciles, et une véritable vis comica.
fait presque figure de vieux routier, avec son Bartolo bien chantant, qui ne perd jamais de vue l’élégance vocale, même dans les situations les plus improbables.
, que nous entendions pour la première fois, semble un véritable monstre vocal. Elle réussit à transformer l’air « du sorbet » de Berta en chef-d’œuvre de belcanto, et dans les ensembles, où elle conserve la partie du dessus, on n’entend qu’elle !
La seule déception provient de l’Almaviva de , qui alterne des moments acceptables avec d’autres plus problématiques, notamment dans l’émission des aigus. Le matériel est bien là, mais que de travail à accomplir, encore !

est à la baguette d’un orchestre tout juste moyen, tout en tenant également le continuo, bien allégé, car, chose curieuse, bon nombre de récitatifs ont été coupés.

Crédit photographique : Ludovic Combe