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Modeste Moussorgski sous les doigts de Yejin Gil

Impressionnante dans la musique d’aujourd’hui par la qualité de son jeu alliant rigueur et sensibilité, la pianiste coréenne Yejin Gil aborde avec le même talent le grand répertoire. En témoigne ce nouvel album qu’elle consacre à , où les Tableaux d’une exposition précèdent une douzaine de pièces plus rares mais non moins savoureuses.

On est d’emblée saisi par la vitalité du jeu de l’interprète et sa lecture du texte tout à la fois fidèle et habitée. Si chaque « tableau » instaure son espace-temps singulier, renouvelant l’éclairage (Tuileries), les couleurs (Il vecchio castello) et la nature du discours (Samuel Goldenberg et Schmuyle) sans jamais forcer le trait, la grande forme se dessine, articulée voire propulsée par le thème conducteur de la Promenade, jusqu’à La grande porte de Kiev, péroraison carillonnante sous les doigts de la pianiste. À la solidité du jeu et la maîtrise du clavier souverainement équilibré (Catacombes) participent la délicatesse de l’articulation (Le marché de Limoges), la digitalité lumineuse (Ballet des poussins dans leur coque) et la vigueur du geste donnant à la sorcière Baba-Yaga sa dimension fantasmagorique.

Empreintes pour la plupart de la poésie de l’enfance qui attachait Moussorgski, les pièces qui suivent conjuguent la fraîcheur de l’inspiration (Jeux d’enfants), le melos populaire (Niania et moi) et l’exercice parfois redoutable (Première punition). La pianiste y livre toutes les facettes de son art, refermant ce CD dans l’émotion très pure de Une larme où, comme chez Schumann au terme des Scènes d’enfants, le poète parle.

Crédits photographiques : © Jean-Baptiste Millot